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Au fil de la Loire, un fleuve en voie de « tropicalisation »


A Langeais, la famille Edin partage un pique-nique devant le pont suspendu de la cité d’Indre-et-Loire, aux piles ornées de tourelles. Le 9 août, des images prises au ras du sol et relayées par plusieurs médias nationaux montraient l’ouvrage enjambant un fleuve asséché. Sur place, le lit n’est pas à sec, mais se sépare en deux bras dont l’un a des allures de pataugeoire. De belles fleurs jaunes – la jussie, une plante invasive d’Amérique du Sud – prennent leurs aises dans des marigots verdâtres. Des coquilles de palourdes asiatiques sont étalées sur les monceaux de sable. « 2019, 2020, 2022. Les sécheresses à répétition nous inquiètent. Et cette année particulièrement, quand on a vu les tomates de notre potager griller, explique Damien Edin, le père de famille. Après avoir visité le parc Terra botanica d’Angers, un grand jardin botanique où l’on sensibilise beaucoup les enfants au dérèglement climatique, on s’est dit qu’il était important d’en montrer les effets concrets à notre fille. »

Michel pêche sur les bords de Loire, le 14 août 2022.

Plus en amont, à Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire), Michel, 75 ans, ancien ouvrier peintre, aime taquiner le poisson sur les bords du fleuve depuis le jour de sa retraite, il y a une douzaine d’années. La chute du niveau d’eau a fait apparaître, cet été, des plages dont profitent locaux et vacanciers. « Les voir repartir en laissant leurs canettes ou bouteilles en plastique, ça me met en pétard », lâche Michel. Un vent chaud soulève sa chevelure nacrée. « Je pêche beaucoup d’aspes, un peu de silures, mais, cet été, c’est surtout des petits poissons à friture. » Il tire donc des ablettes, qui supportent les fortes températures, mais presque plus de goujons. « Même si la Loire est de plus en plus propre, que les eaux usées sont traitées et ne s’y jettent plus comme avant, regardez comme elle est chaude. Il n’y a plus de bonne prise », constate-t-il.

Le retraité pense à ses sept petits-enfants : « Je ne suis pas plus écolo qu’un autre, mais le climat qu’on va leur laisser m’inquiète. Et puis, est-ce que la Loire aura encore assez d’eau pour refroidir nos centrales ? Est-ce qu’on ne va pas finir par se faire la guerre pour cet accès à l’eau ? » Le fleuve est bordé par quatre centrales nucléaires, Belleville-sur-Loire dans le Cher, Dampierre-en-Burly dans le Loiret, Saint-Laurent-Nouan dans le Loir-et-Cher et Chinon en Indre-et-Loire. Aucune d’elle n’a, pour l’instant, été contrainte de baisser sa production.

« La sécheresse, quelle sécheresse ? »

A une vingtaine de kilomètres en amont, le pont Wilson est l’un des emblèmes de la ville de Tours. Le débit d’eau y oscille entre 44 mètres cubes et 47 mètres cubes par seconde, un volume bas, plus bas que le record de débit minimal sur vingt-sept années de mesures, soit 48,2 mètres cubes en août 2019, mais qui pourrait l’être davantage sans les lâchers d’eau effectués par le biais du barrage EDF de Villerest (Loire), actuellement rempli à 50 %.

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