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La toxoplasmose, une histoire de chat domestique


La toxoplasmose constitue une bien étrange maladie. Pour le commun des mortels, elle demeure une infection bénigne, souvent même invisible, qui, au pire, provoque une légère fièvre et quelques boutons. Bénigne et très largement répandue puisque l’on considère qu’elle touche 30 % de l’humanité. Mais pour peu que votre système immunitaire s’avère lourdement défaillant, le pathogène peut devenir mortel. Les ravages accomplis chez les malades du sida viennent le rappeler. Le fœtus, à l’immunité encore flageolante, constitue l’autre point faible de notre espèce. S’il infecte la mère, le parasite peut gravement attenter à au bon développement du futur bébé.

Les femmes enceintes le savent toutes : le chat domestique est un porteur de choix du parasite. Ne surtout pas changer la litière si vous n’êtes pas déjà immunisée par une précédente infection, martèlent les gynécologues. En vérité, le lien entre le Toxoplasma gondii – le nom complet du pathogène, découvert en 1908 chez un petit rongeur tunisien, le gondi – et le chat va bien au-delà du risque qu’il fait courir à nous autres humains. Dans un article paru dans Nature Communications, une équipe de l’université de Limoges, qui abrite le Centre national de référence sur les souches du parasite, révèle que son évolution et sa diffusion à travers les cinq continents sont intimement associées à la domestication du félin.

Ce constat n’est pas totalement une surprise tant les félidés tiennent une place à part dans le cycle du toxoplasme. Si ce protozoaire unicellulaire peut infecter à peu près toutes les espèces animales à sang chaud (mammifères, oiseaux…) et subsister sur des végétaux, tout ce petit monde ne constitue que des marchepieds vers la cible définitive du parasite : les félidés. Chez tous les hôtes dits intermédiaires, le toxoplasme doit se contenter d’une multiplication asexuée. Mais dans l’organisme du chat et de sa quarantaine de cousins, il opère une reproduction sexuée.

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Nul ne sait si le protozoaire y trouve une satisfaction personnelle. Mais l’espèce en retire un vrai bénéfice. « C’est chez les félins que peut s’opérer la diversification, la rencontre de souches différentes, leur recombinaison », explique Aurélien Mercier, maître de conférences à la faculté de pharmacie de Limoges et coordinateur de l’étude. Pour parvenir à ce bonheur suprême, le toxoplasme va jusqu’à manipuler ses hôtes intermédiaires : les souris infectées cessent de fuir les chats, les singes s’amourachent des léopards, les hyènes des lions… avec le résultat que l’on peut imaginer.

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