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Attentats : « Il n’est pas trop tard pour prendre en charge les troubles post-traumatiques »

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Attentats : « Il n’est pas trop tard pour prendre en charge les troubles post-traumatiques »

Attentats : « Il n’est pas trop tard pour prendre en charge les troubles post-traumatiques »

Le psychiatre Thierry Baubet, le 8 novembre 2018, à Paris.

Durant plusieurs semaines, et jusqu’au plus tôt fin octobre, la cour d’assises de la cour d’appel de Paris va entendre le témoignage de centaines de personnes traumatisées, blessées, proches de victimes décédées lors des attentats du 13 novembre 2015 au Stade de France, sur les terrasses des 10e et 11e arrondissements de Paris, et au Bataclan. Pas moins de 350 victimes des quelque 2 000 parties civiles ont ou vont témoigner à la barre de l’horreur de ces vies brisées. Ainsi de Gaëlle, qui « travaille à transformer [ses] handicaps en force et avance comme [elle peut] » : « Je n’ai pas le choix », dit-elle. De Pierre-Sylvain, qui parle de ce procès qui devient « un récit collectif ». De Maya, rescapée du Carillon : « Je me suis reconstruite, mais ce que j’aimerais maintenant, c’est vivre… Ça fait un an que j’attends ce procès, j’attends de tourner cette page, de ne plus être dans la reconstruction, mais simplement dans la vie. » Et de tant d’autres, dont les vies d’avant sont restées sur ces lieux pour toujours.

Le professeur Thierry Baubet, codirecteur du Centre national de ressources et de résilience, chef de service de psychiatrie à l’hôpital Avicenne (AP-HP) à Bobigny (93), explique les conséquences psychiques d’un tel drame.

Les témoignages de victimes, lors de ces journées de procès, peuvent-ils raviver les souvenirs des traumatismes et les troubles de stress post-traumatique, dont beaucoup de témoins souffrent encore ?

Oui, forcément, cela augmente les reviviscences traumatiques – qui confrontent à la mort. L’effet dépend de chacun, il est très variable en fonction de là où en sont les personnes avec leur traumatisme. Certaines ont toujours des troubles post-traumatiques et ne vont pas bien du tout encore aujourd’hui, d’autres voient leur état s’aggraver en entendant ces témoignages.

Parmi les symptômes importants du trouble de stress post-traumatique [TSPT] figurent les reviviscences, qui sont le retour d’images, de perceptions, de sons, d’odeurs, de sensations… Les personnes sentent à nouveau l’odeur du sang, entendent à nouveau les kalachnikovs… A chaque fois que ça se répète – parfois plusieurs fois dans la journée –, ça produit la même détresse que lorsque l’événement s’est produit, même cinq ans ou dix après si les personnes ne sont pas soignées. C’est envahissant.

L’évitement constitue un autre symptôme important des TSPT. La personne fait tout pour éviter ce qui pourrait lui rappeler ce souvenir traumatique, l’y ramener. Or, pendant le procès, des personnes sont confrontées de manière parfois très crue aux témoignages des autres, aux enregistrements, aux photos des scènes de crime. Pour ceux qui ont cheminé, qui vont mieux, cela va produire des moments de détresse importants de manière transitoire. En revanche, pour celles qui ont toujours un fort TSPT, le fait de replonger dans ces souvenirs traumatisants peut aggraver encore leur état.

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