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Covid-19 : faut-il vacciner les enfants ?

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Covid-19 : faut-il vacciner les enfants ?

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La vaccination contre le Covid-19 est désormais officiellement ouverte à tous les enfants de 5 à 11 ans a annoncé mercredi 22 décembre 2021 le ministre de la Santé Olivier Véran. Après le Comité national d’éthique (CCNE) qui l’avait jugée « éthiquement concevable » en réponse à une saisine du ministère de la Santé, la Haute Autorité de santé s’est elle aussi prononcé tout en retenue : « La HAS propose d’ouvrir la vaccination (…) sans obligation, sans que cela conditionne l’obtention d’un passe sanitaire, et en priorisant les moins de 12 ans scolarisés au collège. » Début novembre 2021, ce sont les sociétés françaises de pédiatrie (SPF) et de pathologies infectieuses (SPILF) qui se montraient peu convaincues de la nécessité de vacciner cette tranche d’âge au-delà des enfants plus fragiles pour qui le bénéfice est plus évident à évaluer. Pour les autres, les sociétés savantes argumentaient dans un avis commun « un bénéfice individuel direct très modeste en l’état actuel des connaissances » en raison de l’impact limité de l’épidémie sur les enfants ;  et « un bénéfice collectif incertain » dû aux incertitudes planant sur l’efficacité contre la transmission dans le temps. Le tout dans un contexte d’apparition d’un variant Omicron encore plus contagieux que les autres, échappant en partie à l’immunité acquise après infection ou vaccination. Bref, pour les enfants, est-ce vraiment bien la peine ?

Des données de pharmacovigilance rassurantes

Les données de pharmacovigilance préliminaires sont en tout cas rassurantes concernant les potentiels effets secondaires de l’injection comme le détaille la HAS dans sa recommandation « Stratégie de vaccination contre la Covid-19 » (p.97). Elles ont été acquises sur près de 10 millions d’enfants vaccinés, essentiellement aux Etats-Unis mais aussi au Canada, en Israël ou en Europe qui ont ouvert la vaccination à l’automne et témoignent d’un risque extrêmement faible d’effets secondaires graves. Selon l’institution, cela serait suffisant pour rendre les modestes bénéfices individuel et collectif attendus pertinents dans le contexte d’une cinquième vague et en prévision d’une sixième. Après 2 ans de pandémie, tout bénéfice est bon à prendre pour le système de santé ; c’est en tout cas la logique des différents avis émis.

Pour rappel, depuis le début de l’épidémie en France en mars 2020 jusqu’au 31 octobre, sur les quelque 420.000 cas d’enfants officiellement recensés comme infectés, le Sars-CoV-2 a entrainé 3 décès, 226 séjours en unité de soins intensifs, 351 PIMS (forme grave du Covid-19 chez l’enfant, survenant à distance de l’infection, avec une forte fièvre et de possibles symptômes cardiaques, d’évolution en général favorable) et environ 1300 hospitalisations (dont 53% sans comorbidités). C’est peu au regard de l’impact de la bronchiolite ou de la grippe saisonnière (environ une vingtaine de décès par an), mais une large partie serait selon les instances officielles évitable avec un vaccin, en particulier pour les cas de PIMS. Pour elles, le bénéfice individuel, s’il est modeste, est donc réel, car le vaccin s’avère tout aussi efficace chez les enfants que chez les adultes et permettrait d’éviter des hospitalisations.

La possibilité de réduire le risque de « Covid-long » est aussi fréquemment évoqué. Mais les deux méta-analyses publiées en fin d’année 2021 signalent un risque limité de cette persistance des symptômes dans le temps chez les enfants. Dans la revue Pediatric Infectious Disease, les chercheurs du Murdoch Children’s Research Institute (Australie) montrent ainsi que ce syndrome persistant ne dure chez les plus jeunes que rarement au-delà de 12 semaines. L’autre, publiée par des chercheurs écossais dans le Journal of Infection signale que  « comparativement aux sujets témoins, le groupe post-Covid a une prévalence significativement augmentée de difficultés cognitives, de céphalées, d’anosmie, d’irritation pharyngée et de sécheresse oculaire ». Mais signale dans le même temps « que la prévalence des symptômes est d’autant plus élevée que l’âge des participants est élevé ». Or l’étude porte sur des enfants et adolescents de 0 à 20 ans. La tranche d’âge des 5-11 ans est donc faiblement représentée.

Au niveau collectif, vacciner les enfants permettrait de donner un léger coup de pouce à l’immunité collective. Selon les modélisations de l’EPIcx lab (Inserm) de Vittoria Colizza « une couverture vaccinale de 20 % pourrait réduire de 38 % les cas d’infection (à l’école, ndlr), jusqu’à 75 % si la couverture vaccinale atteignait 50 % ». De quoi réduire encore le nombre de fermetures de classe. Mais un bénéfice calculé… « sous réserve d’être confortées sur l’efficacité vaccinale contre le variant Omicron chez l’enfant. »  Ce qui n’est pas encore connu à cette heure, sachant que cette efficacité contre les formes graves d’Omicron est de 70% chez les adultes, avec trois doses.

Un contexte de grande incertitude lié aux variants 

L’examen des données par les experts de la HAS, du CCNE ou des sociétés savantes pointe donc à chaque fois le contexte d’incertitude lié à l’émergence de nouveaux variants tout autant que la durée d’efficacité de la protection vaccinale qui semble s’émousser rapidement dans le temps. La HAS écrit ainsi : « même si l’impact de la vaccination des enfants sur la vague actuelle ne serait que très limité, elle pourrait potentiellement réduire l’impact de vagues ultérieures en réduisant la circulation du virus dans la population générale. Cette possibilité est toutefois dépendante des hypothèses sur le maintien de l’efficacité vaccinale (probablement diminuée vis-à-vis du variant Omicron) et de la couverture vaccinale chez les enfants, donc de l’adhésion des parents (aujourd’hui limitée) et des professionnels à la vaccination de cette classe d’âge. » A titre indicatif, en France, l’enquête SLAVACO réalisée en septembre-octobre 2021 montre que 56% des personnes interrogées se disent favorables à la vaccination des enfants âgés de 6 à 12 ans. Une adhésion qui descend à 38% chez les parents dont les enfants sont concernés par cette vaccination. Depuis toutefois, les données de pharmacovigilance américaines sur les effets secondaires acquises en vie réelle ont permis de rassurer, en particulier le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale qui conditionnait son avis définitif à celles-ci. C’est ce qui permet au conseil présidé par Alain Fischer de se prononcer en faveur de l’ouverture aux enfants mardi 21 décembre 2021.

Faut-il donc vacciner les enfants ? En termes de santé publique, sur le front de la pandémie, les avantages peuvent être mis en avant : elle permet – même à la marge – de soulager un peu les services de pédiatrie très occupé par la bronchiolite depuis le début de l’automne, tout en réduisant un peu la course du virus dans la population en accroissant l’immunité collective. Sur le plan individuel ? A chaque parent de se faire son idée. Le Conseil national d’éthique recommande d’ailleurs dans son avis « une communication objective fondée sur des données factuelles, n’étant pas favorable à une campagne d’incitation, telle qu’on a pu en observer à l’égard des adolescents, utilisant notamment des leviers de culpabilité qu’on ne peut que déplorer. » 

En résumé : aujourd’hui, les données factuelles plaident en faveur d’une vaccination de cette tranche d’âge, sans que ce nouveau volet stratégique ne puisse être considéré comme déterminant dans la lutte contre une pandémie encore pleine d’incertitudes.

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