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De Cléopâtre à Clovis, les papyrus dans tous leurs états 

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De Cléopâtre à Clovis, les papyrus dans tous leurs états 

De Cléopâtre à Clovis, les papyrus dans tous leurs états 

Une plante des marais transformée en papier… Voilà une création qui a changé le monde ! Il suffit d’évoquer le mot papyrus –celle du « souchet à papier » ou encore « souchet du Nil »– pour que l’image de feuillets dorés conservés dans les sables du désert d’Egypte apparaissent aussitôt à notre imagination. Pourtant, les scribes de la terre des pharaons ne furent pas les seuls à avoir eu recours au papier de Cyperus papyrus L., ce support essentiel d’écriture.

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Peuplement sauvage de papyrus, en Sicile. © V. Schram

« Si les plus vieux papyrus sont bien égyptiens et remontent à 4500 ans (les « papyrus de la Mer Rouge », ndlr), cette invention s’est répandue tout autour de la Méditerranée, au point que ce matériau était encore utilisé par les papes à Rome à la fin du 11e siècle ! », explique Jean-Luc Fournet, papyrologue, spécialiste d’Antiquité tardive au Collège de France, à Paris et commissaire de l’exposition « Le papyrus dans tous ses états de Cléopâtre à Clovis ». Un événement que la prestigieuse institution parisienne inaugure lors des Journées européennes du patrimoine les 18 et 19 septembre 2021 et qui sera accessible jusqu’au 26 octobre 2021.

 

Papyrus égyptien à motif floral de tisserand ou de mosaïste (7e/8e siècle), au service de l’artisanat. © Paris/ Université Sorbonne

Destinée à tous et gratuite, cette exposition rassemble plus de 60 archives allant donc de Cléopâtre à Clovis. « Ce titre est une façon de désenclaver le papyrus de l’univers égyptien », ajoute l’expert. Le document débusqué le plus à l’Est, en Afghanistan, côtoiera ainsi celui rencontré le plus à l’ouest, en Bretagne ! Mais c’est bien un papyrus gréco-romain contemporain du règne de la célèbre reine d’Egypte Cléopâtre VII (1er siècle avant J.-C.) qui introduit la visite des lieux. « Nous proposons un tour du bassin méditerranéen dans le sens inverse des aiguilles d’une montre », poursuit le commissaire.

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Papyrus stylisés sur une fresque de la « Maison des Dames », à Akrotiri (Santorin), vers le 17e siècle avant J.-C. © V. Schram

L’exposition fait en effet voyager des rives du Nil à Constantinople, en passant par la Grèce et l’Italie pour s’achever en Gaule. L’exposition est organisée en trois sections, la première s’intéressant à la feuille de papyrus elle-même et à ses métamorphoses en papier ; la deuxième, à l’explosion de son utilisation en Egypte des temps pharaoniques à ceux qui ont succédé à l’arrivée du tumultueux souverain macédonien Alexandre le Grand (4e siècle avant J.-C.) ; et la troisième révèle l’usage qui en a été fait hors d’Egypte. L’un des clous de cette rétrospective est aussi constitué par trois papyrus mérovingiens exceptionnels, prêtés par les Archives nationales. Il s’agit des plus vieilles archives de la royauté française ! Une lettre du roi Dagobert, une autre de son fils Clovis II et une tierce, encore, de l’évêque Saint-Eloi. A leur façon, ces missives témoignent que ce support « qui a aidé à fixer la pensée humaine », selon les mots de Pline l’Ancien (1er siècle après J.-C.), était toujours employé au 6e siècle.

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Conservé à l’Abbaye de Saint-Denis et daté de juin 654, un papyrus portant la signature de Clovis II « Chlodovius Rex Sub », « Moi le Roi Clovis, j’ai souscrit ». © Archives Nationales

L’exposition propose également quelques exemplaires nés sur les rives du Nil, ainsi que des écrits provenant de la Chancellerie impériale de Constantinople. De la Grèce antique, ce sera un papyrus orphique -un courant religieux du 6e siècle avant J.-C. -, et d’Italie, un rare rouleau d’Herculanum, ayant survécu à l’éruption du Vésuve de 79, qu’accompagne, originaire de Ravenne et de l’empire byzantin, une décision de l’empereur Théodose II (6e siècle). Avec aussi quelques surprises.

« Dis-moi sur quoi tu écris, je te dirai qui tu es »

Comment expliquer le succès phénoménal de ce support d’écriture ? Retrouvé parfois sous forme de rouleau de plusieurs mètres, il se transformera à partir des Romains, au 4e siècle, en Codex, une sorte de cahier qui constituera une révolution. « Le papyrus a été utilisé pendant des millénaires car il était moins cher que le parchemin [fait en peau] », précise Jean-Luc Fournet. Parmi les curiosités exposées, on notera aussi en ces temps actuels de fake news, des œuvres de faussaires ! Parmi elles le soi-disant « Testament de César », identifié en tant que faux par l’historien et religieux Jean Mabillon (1632-1707), ainsi qu’une archive falsifiée par des moines de l’abbaye de St Denis, au 9e siècle, qui tentaient de légitimer certaines de leurs prétentions. Cette science de l’expertise des manuscrits (et de la détection des faux) porte d’ailleurs un nom : la diplomatique (de diploma, pour charte).

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Provenant d’Egypte, un cahier d’école en grec du 6e siècle. © Paris Sorbonne Université.

Autre curiosité : en s’approchant d’un petit cahier d’écolier (ou de maître d’école…) du 6e siècle, il est possible de lire une ligne manuscrite en grec reprenant une formule du philosophe Diogène (4e siècle avant J.-C.)  : « Une femme qui apprend à lire et à écrire est un glaive qu’on affute »… Une sentence que les actuels Talibans afghans ne dédaigneraient pas !

L’ère du papyrus s’achève à la fin du 11e siècle. Celle du papier démarre alors, après la parenthèse parchemin. L’imprimerie génèrera une explosion de la diffusion des écrits à partir du 15e siècle. « L’idée de cette exposition est de montrer que notre civilisation n’a pas seulement été faite du contenu des textes, mais aussi de ses supports d’écriture. Dis-moi sur quoi tu écris, je te dirai qui tu es ! », sourit Jean-Luc Fournet. Des visites guidées et des conférences (nécessitant une inscription) rythmeront les six semaines d’exposition.

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