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Des énigmatiques traces de pas vieilles de 3,6 millions d’années

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Des énigmatiques traces de pas vieilles de 3,6 millions d’années

Des énigmatiques traces de pas vieilles de 3,6 millions d’années

Des ours en Afrique ? Ils y ont subsisté, dans l’Atlas, jusque très récemment, et des fossiles vieux de 5 millions d’années ont été exhumés notamment dans la carrière de Langebaanweg, en Afrique du Sud. Mais étaient-ils présents en Tanzanie, il y a 3,66 millions d’années, partageant le territoire de l’australopithèque Lucy et de ses congénères ? L’hypothèse, évoquée dans les années 1970, pour expliquer d’énigmatiques traces de pas fossilisés trouvées sur le site de Laetoli, « tirée un peu par le poil de l’ours », selon le paléontologue Yves Coppens, vient peut-être de mourir de sa belle mort.

Traces de pas fossilisées de la « piste A », sur le site de Laetoli (Tanzanie).

Elle a en effet été réexaminée par une vaste équipe internationale, retournée en 2019 sur les lieux pour faire de nouveaux relevés de la « piste A » qui a conservé les empreintes suspectes, recouvertes à la fin des années 1970 pour les protéger de l’érosion et du passage du bétail. Dans la revue Nature du 2 décembre, Ellison McNutt (université de Californie du Sud à Los Angeles) et ses collègues avancent que ces traces pourraient avoir été laissées là par une espèce indéterminée d’homininé, distincte des australopithèques déjà identifiés dans la région.

Le site de Laetoli est très connu dans le milieu de la paléontologie pour sa richesse en fossiles divers – il a été exploré dès les années 1930 par le pionnier des fouilles africaines Louis Leakey. C’est là qu’a été découverte par son épouse Mary, en 1974, une mandibule baptisée LH 4 (pour Laetoli Hominid 4) qui servira de spécimen pour définir l’espèce Australopithecus afarensis, à laquelle appartient la célèbre Lucy.

Démarche chaloupée

C’est là aussi qu’en 1976, selon la légende, le paléontologue Andrew Hill s’est littéralement trouvé le nez sur des traces de pas fossiles, alors qu’il venait de trébucher en tentant d’éviter une bouse d’éléphant qu’un collègue lui avait plaisamment lancée. Pas moins de 18 400 traces animales devaient être dévoilées, imprimées en trois dimensions dans de la cendre volcanique et protégées par des éruptions successives, il y a 3,66 millions d’années. Parmi elles, l’équipe de Mary Leakey identifie cinq empreintes qui se suivent qui sont la marque selon elle du passage d’un homininé bipède, à la démarche chaloupée : les traces successives semblaient passer du côté opposé de l’axe de déplacement de l’individu – « un peu comme ces mannequins qui croisent leurs pas lors des défilés de mode », décrit Yves Coppens.

Le Français, qui s’est rendu à Laetoli pour la première fois en 1963, se souvient des plaisanteries avec ses collègues à propos de cette démarche énigmatique. « Les Britanniques disaient que c’était un australopithèque passé à cloche-pied pour emmerder les paléontologues, et nous parlions plutôt d’une invention précoce du vin… » Mais deux ans plus tard, en 1978, la découverte de nouvelles empreintes moins équivoques, clairement bipèdes et attribuées à A. afarensis, celles de la « piste G », éclipse la première. L’hypothèse du passage sur la « piste A » d’un ours sur ses pattes arrières prend alors corps. Une empreinte de pied d’ours droit correspondant peu ou prou à celle du pied gauche d’un homininé, plus besoin d’expliquer l’étrange croisement des pas le long de la ligne de progression. Qu’importe s’il n’y a aucun ours fossile à Laetoli, Agriotherium africanum découvert à la même époque en Afrique du Sud, même s’il est plus ancien, fera l’affaire, sans totalement emporter l’adhésion. Et puis, le temps passant, comme l’écrit joliment Stephanie Melillo (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig), dans un commentaire dans Nature, « les empreintes de la piste A furent plus facilement oubliées qu’expliquées ».

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