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« Ecoutez bien ce concert, on ne l’entend plus qu’ici » : à Hawaï, les oiseaux ne cessent de mourir

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« Ecoutez bien ce concert, on ne l’entend plus qu’ici » : à Hawaï, les oiseaux ne cessent de mourir

« Ecoutez bien ce concert, on ne l’entend plus qu’ici » : à Hawaï, les oiseaux ne cessent de mourir

Ce jour-là, les cieux avaient décidé de tromper le visiteur. Parti aux aurores pour profiter des quelques heures matinales de traditionnel beau temps, dans la forêt de Hakalau, à mi-pente de l’immense Mauna Kea, le point culminant d’Hawaï (4 200 mètres d’altitude mais plus de 11 000 m depuis le fond de l’océan), il avait été accueilli par un épais brouillard. La randonnée commençait mal. Puis, vers 9 heures, le soleil a soudain jailli, levant le rideau sur un spectacle éblouissant.

Au sol, une terre noire, volcanique, si riche qu’elle semble vivante. Autour, une palette saisissante de couleurs, témoin de l’extraordinaire biodiversité végétale de cet archipel du Pacifique, réputé le plus isolé du monde. Mais le plus frappant, ce sont les oreilles qui le perçoivent. Une symphonie de chants, de mélodies, de rythmes. Ici, un motif délicat, simple alternance de deux notes. Là, un arpège bouclé par un trille vibrant. Ou encore ce cri violent, tel un grincement de porte. « Ecoutez bien ce concert, emplissez-vous en les oreilles, car nulle part ailleurs sur l’archipel vous ne pourrez en entendre un pareil. Autrefois, cette musique était omniprésente. On ne l’entend plus qu’ici. Et je ne sais pas pour combien de temps encore. »

L’homme qui nous lance cette alerte se nomme Jack Jeffrey. Biologiste, ornithologue, il a assuré pendant trente ans la coordination scientifique du refuge national de la forêt de Hakalau, sur ce que les locaux nomment Big Island, la plus vaste, la plus haute de l’archipel. A 72 ans, le retraité poursuit désormais une carrière de guide et de photographe animalier. En ce jour de février 2020, alors qu’il nous présente l’œuvre de sa vie, il ignore encore qu’un coronavirus va bouleverser la planète, l’activité touristique de l’île et son propre agenda… Le nôtre aussi, du reste.

Un akekee, à Hawaï.

Pourtant à Hawaï, les oiseaux n’ont pas arrêté de mourir. Deux scientifiques de l’archipel participent actuellement au congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui se tient à Marseille, du 3 au 11 septembre. Et l’éventualité d’un recours à des moustiques modifiés, comme c’est envisagé à Hawaï, et plus largement à des méthodes dites de biologie synthétique pour sauver des espèces promises à la disparition devrait faire l’objet d’une motion en fin de manifestation.

Plus que 21 espèces endémiques

Ce qui se passe actuellement dans ce chapelet d’îles, loin des plages de cartes postales et du tumulte de Honolulu, la capitale, pourrait passer pour un merveilleux cas d’école si n’était la catastrophe écologique en cours et l’urgence à y remédier. Les chiffres donnent le tournis. Les différentes études conduites depuis dix ans estiment qu’il y avait, dans l’archipel, environ 70 espèces d’oiseaux endémiques, autrement dit n’existant nulle part ailleurs. Le résultat d’une unique et mystérieuse arrivée de volatiles, il y a 3,5 à 5 millions d’années, suivie d’une formidable explosion de biodiversité. Il en reste aujourd’hui 21, dont onze sont classées en grand danger par l’UICN et sept autres, vulnérables.

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