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« En disant que Neandertal était comme nous, on l’a limité à nous »

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« En disant que Neandertal était comme nous, on l’a limité à nous »

« En disant que Neandertal était comme nous, on l’a limité à nous »

Ludovic Slimak, en janvier 2022.

Chercheur au CNRS, Ludovic Slimak traque les néandertaliens sur le terrain depuis trente ans. Trois décennies dans les grottes à examiner les productions de ces créatures et à essayer de comprendre qui elles étaient, avant leur disparition il y a quarante millénaires. Le résultat de ces observations et réflexions est un livre, Neandertal nu (Odile Jacob, 240 p., 22,90 €), qui revisite l’image que nous nous faisons de ces autres humains.

Après avoir été vu comme une brute épaisse, Neandertal fait l’objet, depuis quelques décennies, d’une entreprise de réhabilitation qui le présente de plus en plus comme un autre nous-mêmes. Pourquoi ?

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, on croit que la morphologie des ossements humains permet de différencier des populations, de voir des races dont certaines seraient plus proches du singe et d’autres plus évoluées. Après la seconde guerre mondiale et ses horreurs fondées sur cette classification des populations humaines, on réalise qu’il n’y a qu’un homme sur Terre et on devient habité par ce tabou de l’altérité et de la différence. A cause de ce traumatisme fondamental, il faut inconsciemment qu’on soit tous pareils et cela vaut aussi pour des populations anciennes comme Neandertal. On va nier toute forme de différence, on va les grimer en nous-mêmes à tous les niveaux. Au niveau de l’apparence, on a transformé les néandertaliens en des êtres qui sont de plus en plus nous et dans lesquels on ne voit plus que nous, en fait.

Cette tentation du rapprochement entre Neandertal et nous se fait aussi au niveau des comportements qu’on lui prête…

Depuis la fin des années 1990, on a effectivement une recherche effrénée du moindre indice montrant que ces gens-là pensaient comme nous. On a établi une sorte de liste de cuisine pour déterminer si, oui ou non, Neandertal avait ce qu’on appelle une pensée symbolique. Parmi les éléments de cette liste, les plus importants sont certainement les sépultures, les parures et l’art parce qu’ils relèveraient de notre conception d’être au monde.

Qu’a-t-on trouvé comme preuves pour ces trois éléments ?

Même si c’est très débattu, pour la question des sépultures néandertaliennes on a vraiment des éléments robustes avec des corps qui sont parvenus jusqu’à nous parce qu’ils ont été protégés. Cela va avec la question du soin que l’on apporte aux faibles. On voit des personnes âgées complètement édentées que l’on va nourrir en leur faisant des bouillies, que l’on va aider à vivre même si elles ne peuvent plus chasser ni assurer leur subsistance. On a donc dit que ce soin apporté aux individus par Neandertal était proprement humain. Mais je donne l’exemple d’une étude de 2010 qui parle d’une femelle chimpanzé, Pansy, dont les derniers moments ont été filmés. Quand ils sentent qu’elle va mourir, les proches de son groupe et sa fille viennent autour d’elle, lui font des caresses alors qu’ils n’avaient jamais eu ce comportement avec elle. Lorsqu’elle meurt, sa fille reste près d’elle, l’épouille, lui fait une véritable veillée mortuaire.

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