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Gabon : chasseurs de brousse sous surveillance

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Gabon : chasseurs de brousse sous surveillance

Gabon : chasseurs de brousse sous surveillance

Cyril, modeste chasseur de viande de brousse, est devenu un sujet d’étude. Lui qui ne possède qu’un fusil calibre 12 à un coup et une case en bois dans un village perdu au milieu de la forêt tropicale en reste tout étonné. « Un jour, des hommes sont arrivés, nous avons d’abord pensé qu’ils venaient pour faire un parc national », raconte l’homme long et sec, en se remémorant le sentiment d’effroi qui, d’une traite, avait traversé le village.

Au Gabon, comme dans le reste de l’Afrique centrale, la création des aires protégées s’accompagne d’une longue histoire de spoliations et d’expulsions que nul n’a oubliée. Ici, il faut déjà cohabiter avec les grandes concessions forestières qui encerclent le village. Mais les chercheurs n’avaient pas parcouru autant de kilomètres pour les déloger.

Rick Lindzondzo, un chasseur de brousse du village de Ndambi, près de Lastourville, au Gabon, le 30 juin 2021.

Doumé, 150 habitants installés le long des rives du tumultueux Ogooué, à deux heures de pirogue de Lastourville, est un des sites choisis par les scientifiques du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) afin d’évaluer l’impact de la chasse sur la faune sauvage et de proposer un cadre qui concilie protection des espèces et reconnaissance de droits pour les chasseurs. Ces derniers sont, aujourd’hui, le plus souvent contraints d’agir dans la clandestinité. « Ils nous tracassent tout le temps [les agents du ministère des eaux et forêts]. Nous n’avons pas d’autres moyens pour vivre et il nous faut bien de l’argent pour acheter de l’huile, du savon ou payer les médicaments quand un de nos enfants est malade », fait valoir, fataliste, ce père de neuf enfants.

Les doutes levés, le chasseur et la vingtaine d’hommes du village qui, comme lui, pistent la nuit venue céphalophes, potamochères, porcs-épics et autres espèces moins avouables car strictement protégées comme les pangolins ou les mandrills, ont accepté de se plier à la discipline des chercheurs. Depuis deux ans, à côté de la machette, du fusil et de la lampe frontale, ils emportent dans leur paquetage un GPS et un petit carnet dans lequel ils consignent – de façon anonyme – le lieu et la nature de leurs prises. La loi, héritée pour partie de l’époque coloniale, interdit la capture du gibier six mois sur douze. En novembre 2020, une exception a néanmoins été consentie pour certaines gazelles, porcs-épics et rongeurs, espèces les plus consommées et dont les populations sont jugées abondantes.

Des chasseurs de brousse près de Lastourville, au Gabon, le 30 juin 2021.

« Notre objectif est de mettre en place des comités de chasseurs formés à la gestion durable de la ressource et d’aider à la création de filières de viande de brousse légale, durable et saine », résume Hadrien Vanthomme, le coordinateur du projet qui, au total, couvre l’activité d’une centaine de chasseurs sur trois villages.

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