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« La bureaucratie nuit gravement à la recherche »

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« La bureaucratie nuit gravement à la recherche »

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Tribune. Alors que les sciences et les savoirs sont plus que jamais nécessaires pour faire face aux crises de notre temps, la recherche française est malmenée et menacée par l’intensification du nouveau management public. Après le renforcement de la logique compétitive et du financement par projet, entériné par la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, voici l’apparition de nouvelles procédures d’évaluation des activités de recherche, instaurées récemment par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), qui ne font qu’amplifier ce phénomène délétère.

En mars 2021, la Cour des comptes rendait public un rapport d’une grande sévérité sur les activités menées par le Hcéres entre 2014 et 2020 : « Les rapports d’évaluation du Haut Conseil ne jouissent pas, dans le milieu académique, d’une réputation à la hauteur de l’effort consenti. Menés sur la base de référentiels très normés et de procédures particulièrement longues, les travaux d’évaluation pèsent sur les établissements, et plus encore sur des unités de recherche déjà chargées en travaux non scientifiques. »

Que diraient les magistrats de la Rue Cambon un an après l’arrivée de Thierry Coulhon à la tête du Hcérès ? Ils constateraient certainement, à rebours de leurs recommandations, un alourdissement de la technostructure de cette autorité administrative indépendante, une complexification des procédures normatives et, en conséquence, l’accroissement mécanique de la charge de travail administratif, déjà phénoménale, demandée aux acteurs de la recherche.

Contre-pied

Lors de sa prise de fonctions, en novembre 2020, le nouveau président du Hcérès avait pourtant déclaré : « Il faut trouver un équilibre entre la simplicité, la légèreté de l’évaluation, et son efficacité. » En outre, le Hcérès vient de signer la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA), laquelle défend une évaluation qualitative, portant sur les contenus de la recherche, au détriment d’une approche quantitative recourant à des critères « scientométriques ».

Dans la pratique, le Hcérès fait donc tout le contraire de ce qu’il défend publiquement. Sans aucune concertation avec le terrain et en toute opacité, il vient de mettre en place une usine à gaz aux antipodes des principes du texte de DORA. Le Haut Conseil a décidé qu’il n’avait plus à évaluer les contenus scientifiques et les projets des laboratoires : il entend désormais uniquement procéder à un bilan « ex post », c’est-à-dire à une évaluation comptable suivant d’innombrables indicateurs (on n’en recense pas moins de 57 pour les structures de recherche).

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