Connect with us

« La Fabrique de la France », sous la direction de Dominique Garcia : le territoire, livre d’histoire

cttib6

Sciences

« La Fabrique de la France », sous la direction de Dominique Garcia : le territoire, livre d’histoire

« La Fabrique de la France », sous la direction de Dominique Garcia : le territoire, livre d’histoire

Cette fresque lacunaire où figure une harpiste a été découverte lors de fouilles effectuées à Arles en 2015 dans ce qui était jadis le petit salon d’une maison romaine.

L’année 2021 a marqué le vingtième anniversaire de la loi relative à l’archéologie préventive et, en février 2022, son bras armé, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), fêtera à son tour ses deux décennies. Vingt ans de fouilles menées à l’occasion de projets d’aménagement du territoire, au cours desquelles les chercheurs ont sauvegardé et étudié le patrimoine enfoui avant que les bulldozers ne retournent le sous-sol en effaçant à jamais les traces du passé.

Après 40 000 chantiers, l’heure est venue d’un bilan d’autant plus nécessaire que, pendant la même période, s’est développé un discours politique autour de ce qui ferait l’identité française, discours souvent pétri de faits historiques détournés par idéologie et de la nostalgie d’une « France éternelle » fantasmée. La tentation pouvait être grande, chez les archéologues, de riposter du tac au tac et d’écrire une espèce d’antiroman national. Un écueil qu’évite l’Inrap dans un ouvrage rédigé par une quarantaine de chercheurs et richement illustré, La Fabrique de la France.

Découverte en 2019 en Corse, sur le site de Lamajone, cette chambre funéraire à laquelle menaient un escalier et un long couloir contenait les restes d’une femme étrusque. A côté d’elle était disposée une riche vaisselle (vases peints, coupes, cruches, flacons à parfum).

Le livre s’évertue à alimenter un débat que l’on aimerait apaisé, à redonner du sens aux mots de « culture » et d’« identité », à s’écarter du hold-up fait sur ces concepts par une droite plus ou moins extrême. Comme l’écrit en introduction le président de l’Inrap, Dominique Garcia, qui a dirigé le livre, ce récit « ne vise pas tant à donner des racines à certains qu’à offrir à tous des repères, en illustrant l’appropriation et l’évolution des paysages, la constitution matérielle des identités, les permanences et les innovations techniques, les migrations et les héritages, la construction des espaces politiques, les conflits et la convivance, le local et les formes de mondialisation, les mutations économiques, sociales et culturelles ».

Un espace sans cesse (re)construit

L’archéologie voit le territoire comme un livre d’histoire, les strates du sol comme des chapitres, les indices matériels recueillis sur les chantiers de fouilles comme autant de phrases qui composent un texte où l’on observe sans cesse se (re)construire un espace, celui qui, à un moment donné, s’appellera la France. Un espace d’abord investi par une espèce humaine qui n’est même pas la nôtre, les Néandertaliens. Un espace où, par la suite, avec la sédentarisation qu’induit l’arrivée de l’agropastoralisme, finit par s’inventer le village… et son cortège de problématiques familières : « L’accès à l’eau, la protection des populations, l’hygiène (gestion-élimination des déchets), l’entretien des espaces collectifs, etc. », comme le souligne la spécialiste du Néolithique Muriel Gandelin. Si on ajoute à cela l’apparition des chefferies, de la propriété privée, des conflits qu’elle induit, mais aussi celle des zoonoses – ces maladies transmises par l’animal, le Covid-19 n’étant que le dernier exemple d’une longue liste –, on perçoit à quel point le passé, même lointain, fait résonner notre « modernité ».

Il vous reste 28.2% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Continue Reading
You may also like...
Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

More in Sciences

Trending

On en parle

To Top
Recherche.fr