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La Tunisie explore son riche patrimoine sous-marin

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La Tunisie explore son riche patrimoine sous-marin

La Tunisie explore son riche patrimoine sous-marin

Des plongeurs explorent l’épave d’un sous-marin français au large du cap Bon, en Tunisie, en octobre 2020.

« J’ai toujours la chair de poule quand je découvre un objet sous l’eau, car je sais qu’il n’a pas bougé pendant des siècles », s’émeut Slim Medimegh. Ce plongeur professionnel est aussi le directeur technique de la première expédition archéologique sous-marine conduite au large de l’île Pilau, dans le nord de la Tunisie, début octobre.

Dans le cadre d’une mission engagée par l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC), une équipe a remonté à la surface une douzaine d’objets de sites sous-marins, vestiges de navires ayant chaviré à travers les siècles. « De nombreux bateaux venaient près de l’île pour s’abriter des tempêtes. D’autres, qui faisaient naufrage, se délestaient de leur cargaison en en jetant une partie par-dessus bord, explique Slim Medimegh. La plupart des pièces archéologiques trouvées sont encore intactes, mais elles sont très fragiles et compliquées à extraire à cause des substrats comme la vase et la posidonie. »

Ces trouvailles enfouies entre 18 et 30 mètres de profondeur (des amphores puniques, italiennes, africaines, des ancres, du matériel d’accastillage, des lingots de plomb…) permettront une relecture inédite de l’histoire du commerce maritime en Tunisie, selon Ouafa Slimane, archéologue subaquatique à l’Institut national du patrimoine (INP) et directrice scientifique du projet. « En 2015-2016, la prospection géophysique du site nous avait permis d’établir une cartographie et un premier inventaire des pièces présentes, grâce à un projet avec la coopération italienne, retrace la chercheuse. Puis, en janvier, un décret ministériel a permis de classer le pourtour de l’île en tant que zone protégée. »

Ces recherches sont encouragées par l’Unesco, qui a fêté en juin les 20 ans du vote d’une convention encadrant l’archéologie sous-marine. « Les eaux constituent le plus grand musée du monde », avait alors déclaré sa directrice générale, Audrey Azoulay, en visite officielle à Tunis, appelant la communauté internationale à se mobiliser pour explorer et protéger ces vestiges immergés.

De l’antiquité à l’époque contemporaine

La Tunisie est déjà prisée par les archéologues pour la richesse et la diversité de son patrimoine terrestre. Près de 3 000 ans d’histoire aux influences romaines, puniques, berbères, turques et andalouses ont façonné la géographie d’un pays qui compte près de 30 000 sites, dont seulement une soixantaine sont exploités.

Mais les eaux tunisiennes demeurent des espaces vierges pour les explorateurs, « en partie par manque de ressources humaines et à cause de moyens logistiques limités », selon Ouafa Slimane. La recherche subaquatique est en outre soumise à une batterie d’autorisations et souvent encadrée par des plongeurs de la marine militaire, un long processus logistique et administratif qui explique la rareté des expéditions.

Les 1 300 kilomètres de côtes suggèrent pourtant la présence de nombreuses richesses sous les eaux, avec des reliques allant de l’antiquité à l’époque contemporaine, comme en témoigne la découverte d’une épave d’un sous-marin français datant de la première guerre mondiale au large du cap Bon, en 2020.

Les premières fouilles sous-marines dans le pays ont été entreprises par des pêcheurs d’éponges au début du XXe siècle au large de la ville côtière de Mahdia. Puis elles se sont professionnalisées avec l’apparition des premiers scaphandriers autonomes et la modernisation de la plongée sous-marine par le commandant Cousteau. Aujourd’hui, certaines des pièces repêchées sont exposées au musée du Bardo, à Tunis.

Mais de nombreux sites restent non protégés, alerte Slim Medimegh, qui met en garde contre le risque de pillages, déjà fréquents là où la mer est peu profonde : « Il y a toujours ce mythe, en Tunisie, que la découverte archéologique est forcément liée à l’argent ou à des trésors, et cela attire beaucoup de chercheurs d’or. »

Création d’un jeu de réalité virtuelle

Aujourd’hui, le pays n’a pas les moyens financiers et technologiques de conserver les objets issus des fouilles en profondeur, ce qui a poussé la mission de l’île Pilau à adopter une approche innovante. Outre les quelques vestiges remontés à la surface pour les besoins de la recherche, « nous favorisons la conservation in situ, l’idée étant de protéger le site mais aussi de développer un tourisme subaquatique autour, sans avoir besoin d’extraire davantage d’objets », dit Ouafa Slimane.

La finalité du projet réside aussi dans la valorisation des découvertes par une start-up tunisienne, 3DWave, spécialisée dans les technologies de réalité augmentée. Selon Ferid Kamel, son fondateur, cette première expédition va permettre la création d’un jeu de réalité virtuelle autour du patrimoine sous-marin : les artefacts trouvés sous l’eau vont être scannés puis modélisés afin de pouvoir être visualisés en 3D. Le tout sera accompagné d’animations et d’un scénario enrichi par les indications historiques qui résulteront du traitement scientifique des pièces collectées. « L’idée est d’attirer les jeunes vers ce patrimoine en utilisant les outils du numérique », explique Ferid Kamel, dont l’équipe est déjà à pied d’œuvre.

Pour l’AMVPPC, la valorisation numérique d’autres sites archéologiques doit permettre de réconcilier les Tunisiens avec le patrimoine, alors que « chaque année les chiffres de fréquentation des sites culturels restent en dessous de nos attentes », précise la directrice de l’agence, Amel Zribi Hachana. En 2019, seulement 1,5 million de personnes ont visité les monuments et musées tunisiens.

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