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L’abeille, animal politique, fait le miel de tous les idéologues

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L’abeille, animal politique, fait le miel de tous les idéologues

L’abeille, animal politique, fait le miel de tous les idéologues

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S’agissait-il vraiment d’abeilles ? Les historiens en doutent. Aujourd’hui, ils penchent plutôt pour des hannetons, des cigales, peut-être des mouches. Au fond, peu importe. Lorsque, en 1653, trente insectes d’or et d’émail sont exhumés près de Tournai (Belgique) dans le tombeau de Childéric Ier, roi des Francs saliens et père de Clovis, ils sont pieusement recueillis et l’abeille élevée sur-le-champ au rang d’emblème primitif des rois de France. Les nobles reliques sont remises en grande pompe à Louis XIV.

Il n’en fallait pas davantage aux zélateurs du futur Napoléon Ier, réunis au sein d’une commission spéciale du Conseil d’Etat, pour hisser l’abeille au côté de l’aigle romain. Un attribut de plus au service du nouveau régime à l’aube du couronnement de 1804.

L’empereur ne voit que des avantages à parsemer d’abeilles d’or son manteau de velours pourpre. Cet animal fait fi des frontières, inspire la crainte autant que l’empathie, incarne un idéal de discipline et d’ardeur au travail. Accessoirement, il adresse un clin d’œil à la France des campagnes qui n’a pas toujours porté la Révolution dans son cœur. Et puis, le storytelling des insectes découverts à Tournai permet de phagocyter de manière subliminale l’héritage monarchique. Une véritable aubaine.

Révolutionnaire par nature

Quatre décennies plus tard, Napoléon III, qui s’empresse de convoquer l’impérial hyménoptère (la catégorie d’insecte de l’abeille), va découvrir qu’en politique les symboles peuvent se retourner contre celui qu’ils sont censés servir. Orphée aux enfers, l’opéra-bouffe créé en 1858 par Offenbach à l’apogée du Second Empire, fait danser un Jupiter – alias l’empereur – déguisé en mouche plutôt qu’en abeille. L’intéressé rit jaune. Quant à Victor Hugo, il lance depuis Jersey un appel à la rébellion dans un poème intitulé Le Manteau impérial : « Ruez-vous sur l’homme, guerrières ! Ô généreuses ouvrières/Vous le devoir, vous la vertu/Ailes d’or et flèches de flamme/Tourbillonnez sur cet infâme/Dites-lui : “Pour qui nous prends-tu ?” ».

La Révolution française avait couvé l’abeille du regard. Mais pas au point de l’adouber. En octobre 1795, le ci-devant François-Antoine Daubermesnil, député du Tarn à la Convention, s’enflamme à la tribune : pourquoi ne pas décider que, dorénavant, une ruche figure sur le frontispice de tous les bâtiments publics ? Travailleuse, altière, ignorant les privilèges et toujours prête à défendre sa ruche-patrie, l’abeille est révolutionnaire par nature. D’ailleurs, au IVsiècle avant notre ère, Platon voulait construire des villes semblables à des ruches – un cauchemar d’urbaniste, dirait-on de nos jours… – et s’en était inspiré pour imaginer sa République. L’idée est tentante.

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