Connect with us

L’autoconservation des ovocytes, une réponse médicale à un problème social ?

bZtuaR

Sciences

L’autoconservation des ovocytes, une réponse médicale à un problème social ?

L’autoconservation des ovocytes, une réponse médicale à un problème social ?

bZtuaR

Jusqu’à cet été, seules les femmes devant subir un traitement menaçant leur fertilité, ou dans le cadre du don de gamètes, pouvaient congeler leurs ovocytes. La loi de bioéthique a élargi cette indication hors prescription médicale. Comme dans la plupart des pays d’Europe, en France, une femme peut désormais congeler ses ovocytes pour retarder un projet d’enfant, qu’elle soit seule ou en couple. Cette procédure n’est pas sans risques : elle implique une stimulation hormonale et une intervention chirurgicale. Et, bien sûr, elle ne garantit pas d’avoir rapidement un enfant ultérieurement, les procédures d’assistance médicale de procréation étant rarement simples.

Mais, contrairement à l’autoconservation médicale, largement acceptée par la société, l’autoconservation dite « sociale » ou « de précaution » a été violemment combattue, notamment parce qu’elle est supposée répondre à un « choix de vie » de procréer « à la carte » en s’affranchissant de l’horloge biologique. Cependant, comme l’a montré Yolinliztli Perez Hernandez, anthropologue, les motivations des femmes sont tout autres. La chercheuse a mené, pour l’Institut national d’études démographiques (INED), des entretiens avec 32 femmes, dont la moitié avaient congelé leurs ovocytes pour raisons médicales et l’autre moitié, par « précaution ».

Pour les premières, la question des risques liés à cette opération ne s’est jamais posée dans le débat public, et le remboursement de l’intervention fait l’objet d’un consensus. « Pourtant, certaines ont vécu comme un “non-choix”, pris dans l’urgence de l’annonce d’un traitement, le fait de subir cette intervention », explique Mme Perez Hernandez. Pour les secondes, c’est le fait d’être séparée de son conjoint, d’avoir plus de 35 ans ou pas de compagnon, qui a motivé l’autoconservation. « Mais elles ne contrôlent aucune de ces deux situations, ni la maladie ni le célibat », constate l’anthropologue.

« Une menace pour la société »

Alors, pourquoi cette suspicion adressée aux femmes de vouloir privilégier leur carrière plutôt que la réalisation d’une famille ? Et quand bien même certaines femmes – et/ou leurs conjoints – feraient passer leur carrière avant un projet d’enfant, pourquoi le leur reprocher ? « L’autoconservation ovocytaire apparaît comme une menace pour la société dans son ensemble, car elle touche au système de parenté, à l’ordre générationnel et à l’ordre reproductif, estime Mme Perez Hernandez. Dans les imaginaires, la reproduction pourrait se soustraire au passage du temps et à la participation des hommes dans l’éducation des enfants que les femmes seraient supposées mettre au monde toutes seules. Finalement, tant qu’elle fait suite à une indication médicale, cette intervention ne risque pas de bouleverser l’ordre social, en revanche, quand son utilisation devient sociale, elle n’annonce rien de moins que le chaos. »

Il vous reste 24.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Continue Reading
You may also like...
Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

More in Sciences

Trending

On en parle

To Top
Recherche.fr