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Le poulet, métaphore du capitalisme

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Le poulet, métaphore du capitalisme

Le poulet, métaphore du capitalisme

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Faire poser un poulet pour lui tirer le portrait : l’opération n’est pas aussi simple qu’elle y paraît. Et elle l’est encore moins lorsqu’il s’agit d’obtenir un tableau de 168 volatiles, tous différents et pourtant étonnamment similaires.

La crête bien rangée vers l’arrière ou décoiffée façon banane de rockeur, l’œil féroce ou le regard doux : il y a quelque chose de perturbant dans ces photos d’identité en mode aviaire, où chaque poulet vous fixe de façon très humaine mais où, d’une image à l’autre, les variations sont si infimes qu’on dirait des clones.

« Réussir à leur faire regarder l’appareil a été un vrai défi, raconte le jeune artiste hongrois Daniel Szalai, 30 ans. J’ai tout essayé pour attirer leur attention ! J’ai dû prendre 7 000 photos, du matin au soir, à genoux dans le poulailler, pour arriver à ce résultat. Ce n’est que vers la fin que j’ai trouvé le truc : j’ai découvert qu’en leur saisissant le bec ils étaient tout surpris, presque choqués que quelqu’un ose les toucher, et du coup ils restaient figés pendant une seconde. »

Daniel Szalai a passé des jours entiers parmi les 10 000 poulettes et les 2 000 coqs d’un hangar en Hongrie, dans un brouhaha assourdissant de caquètements et de gloussements. Le fond bleu de ses portraits n’a pas été choisi au hasard : il évoque les portraits de la Renaissance. « Ce sont les personnes nobles à Florence qui étaient peintes ainsi, explique-t-il, car le bleu était le pigment le plus cher à produire, il soulignait leur individualité et leur valeur. Mais le bleu est aussi la première couleur qui a été produite artificiellement par l’homme, car c’est celle qu’on rencontre le moins dans la nature. Elle montre aussi le côté artificiel et non naturel de mes modèles… »

Matière première

Car, au-delà de l’image un peu amusante de ces poulets d’élevage qui jouent aux stars de cinéma, c’est une réalité peu connue et plus troublante qu’il a voulu mettre en évidence.

Le photographe Daniel Szalai fait partie des artistes qui explorent aujourd’hui les relations étroites et ambiguës qu’ont tissées les hommes et les animaux, entre domination et dépendance. Le titre de son projet artistique, « Novogen », vient du nom du propriétaire du site, une firme française spécialisée dans le domaine des poules pondeuses.

Celles qu’a photographiées Daniel Szalai, dans un village de Hongrie, produisent des œufs très particuliers : ils ne sont pas faits pour être mangés, mais servent de matière première pour des vaccins et des médicaments.

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