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Les ours polaires chassent les morses à coup de pierres ou de blocs de glace

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Les ours polaires chassent les morses à coup de pierres ou de blocs de glace

Les ours polaires chassent les morses à coup de pierres ou de blocs de glace

Entre la fin du 18ème siècle et le début du 21ème siècle, des explorateurs et naturalistes ont transcrit les récits d’inuits du Groenland et de l’Arctique canadien, selon lesquels les ours polaires fracassaient parfois le crâne des morses avec des blocs de glace ou de pierre. Mais ces histoires n’ont guère été prises au sérieux, et plutôt assimilées au monde fantastique de Nanuq, le grand ours blanc dont le mythe oral raconte qu’il prend forme humaine. Or, ce scepticisme de bon aloi confinait semble-t-il à la cécité…

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Un ours jette un rocher sur un morse, gravure de 1865.  © Charles Francis, Hall Library of Congress

« Cette technique de chasse à l’outil est réaliste chez les ours polaires, même si elle est sans doute peu fréquente, et limitée à la chasse des proies de grande taille », estiment en effet aujourd’hui, dans la revue Arctic, le canadien Ian Sterling, l’un des biologistes d’Ursus maritimus les plus réputés au monde, le danois Erik Borne, qui a décrypté le dernier récit audio d’un chasseur inuit de renom, et l’américaine Kristin Laidre, spécialiste de la prédation des ursidés sur les morses. Ces grands mammifères marins, pesant jusqu’à 1300 kilogrammes et dotés d’énormes défenses ont des crânes épais et très durs, qui résistent même à la pression de la gueule d’un ours affamé, qui atteint pourtant  800 kg/cm², soit 7845 newton ! Soit l’une des plus puissantes du règne animal. 

Un ours blanc capable de jeter un outil comme un ballon de basket

Ce sont les exploits de GoGo, un ours blanc du zoo japonais d’Osaka, qui ont incité Ian Stirling à reconsidérer le sujet d’un œil neuf. Ses gardiens ont suspendu de la viande au dessus de son enclos, à priori hors de sa portée. Mais l’animal a mis au point plusieurs méthodes pour obtenir sa pitance, en la renversant avec un bâton par exemple. « Mieux, il utilise ses deux pattes avant pour lancer un objet comme un ballon de basket  » (voir photo D ci dessous) explique le biologiste de l’Université d’Alberta (Canada).(Voir vidéo et photos ci dessous). Soit la technique que les animaux utilisent pour tuer les morses, selon les récits inuits. « Ces observations et les expériences déjà publiées sur les ours bruns (Ursus arctos) confirment que, en captivité, les deux ursidés sont tous deux capables de conceptualiser l’utilisation d’un outil pour obtenir des aliments qui ne seraient pas accessible autrement  » précisent les scientifiques.

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L’ours polaire captif GoGo utilise différents outils pour accéder à de la nourriture suspendue. © Tennoji Zoological Gardens, Osaka, Japon.

Le maniement et la fabrication d’outils pour résoudre des problèmes est considérée comme un marqueur fort d’intelligence animale. Les corbeaux calédoniens façonnent des pics ou des crochets pour larder et dénicher larves et chenilles. Les chimpanzés fabriquent des lances pour chasser les petits mammifères. Quant aux dauphins, ils enfilent des éponges au bout de leur rostre pour remuer les pierres et débusquer leurs proies.

Il n’existe pas d’études expérimentales sur les capacités cognitives des ours polaires, mais les Ursidae sont supposés avoir de fortes compétences cognitives en raison de leur gros cerveau et de leurs stratégies de chasse sophistiquées : l’approche discrète en immersion vers un banc de phoques, les seules narines dépassant de l’eau, avant une attaque terrestre foudroyante, ou encore, l’affut auprès des trous d’aération où viennent respirer les pinnipèdes.

Les récits des chasseurs inuit étaient fiables

Ian Stirling et ses co-auteurs ont donc à nouveau épluché toute la littérature historique disponible sur le sujet. Du Fauna groenlandica, du pasteur Fabricius, qui explora le Groenland à la fin du 18éme, au décryptage de l’enregistrement d’un chasseur inuit décrivant en 1990, par le menu, des traces fraîches d’ours, de blocs de glace et de sang à proximité de trous d’eau sur la banquise. « L’une des choses que j’ai faites au fil des ans a été de travailler avec de nombreux chasseurs inuits  sur la banquise, et une chose dont vous vous rendez compte très rapidement est que si un chasseur expérimenté vous dit qu’il a vu quelque chose, vous pouvez  tenir pour acquis que c’est fiable », précise Ian Stirling, qui a longtemps observé les ours polaires en milieu sauvage.

Une ourse manipule un bloc de glace. Crédit: Anthony Pagano.

Après la publication de la nouvelle étude, Ian Stirling a reçu une vidéo (voir ci dessus)  du scientifique Anthony Pagano, du Service géologique des États-Unis, basé à Anchorage, en Alaska, qui avait  attaché une caméra GoPro à une ourse polaire sauvage. Cette séquence montrerait, selon eux, l’animal faisant glisser un bloc de glace avant de le jeter à l’eau sur un phoque !

Environ 26.000 ours polaires sauvages vivent dans 19 sous-populations de l’Arctique et du Sous-Arctique. Ils se nourrissent  principalement de phoques. En raison du changement climatique, la glace de mer de l’Arctique disparaît rapidement, et les scientifiques estiment que de nombreuses populations d’ours polaires disparaîtront d’ici la fin du siècle. « Les ours blancs désespérés peuvent de plus en plus attaquer les morses, même s’il y a des limites au nombre qu’ils peuvent abattre », explique Kristin Laidre, co-auteure de l’article, écologiste arctique à l’Université de Washington à Seattle. La scène mythique décrite par les inuits pourrait donc bien un jour être observée en direct et filmée par des scientifiques au cours des prochaines décennies.

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