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Les réfugiés climatiques s’entassent dans les bidonvilles du Bangladesh

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Les réfugiés climatiques s’entassent dans les bidonvilles du Bangladesh

Les réfugiés climatiques s’entassent dans les bidonvilles du Bangladesh

Par trois fois, Bibi Salma et Mohammad Ali Asgar ont perdu leur maison, avant de s’installer dans l’un des bidonvilles à l’expansion la plus rapide de Dacca, un couple parmi des millions de Bangladais obligés de déménager face à la montée des eaux.

Selon les experts, ce pays de 170 millions d’habitants pourrait connaître, à cause du changement climatique, le plus important déplacement humain de l’histoire.

« Je me souviens comment notre maison s’est retrouvée complètement sous l’eau pendant une inondation. C’est arrivé si vite, en quelques minutes, la pointe du toit avait disparu », raconte Salma, 35 ans, originaire de l’île de Bhola, à 300 km au sud de Dacca.

« La rivière était féroce. Elle a emporté peu à peu toutes nos terres agricoles et s’est approchée un jour de notre maison… Nos vergers, notre ferme… il ne restait plus rien », raconte-t-elle à l’AFP devant la cabane qu’ils partagent avec leurs quatre enfants.

Bibi Salma, son mari et ses enfants dans un bidonville de la banlieue de Dacca, le 19 septembre 2021 au Bangladesh (AFP - Munir UZ ZAMAN)

Bibi Salma, son mari et ses enfants dans un bidonville de la banlieue de Dacca, le 19 septembre 2021 au Bangladesh (AFP – Munir UZ ZAMAN)

Pour tout foyer, la famille dispose d’une pièce de 10 mètres carrés avec quelques casseroles et un matelas qu’il faut se partager.

Chacune de leurs maisons successives a été engloutie dans les inondations, obligeant Asgar à contracter un nouveau prêt pour la suivante.

Finalement incapables d’emprunter davantage, ils ont dû rejoindre le bidonville grouillant de la banlieue de Dacca, une mégapole de 20 millions d’habitants.

La nature a toujours malmené le Bangladesh, un pays de basse altitude où s’entrecroisent des rivières boueuses au fond du golfe du Bengale.

Quand le grand cyclone de Bhola a frappé leur île en 1970, il a emporté les grands-parents d’Asgar et plusieurs oncles et tantes, ainsi que près d’un demi-million d’autres vies.

Vue aérienne des inondations à Savar, le 19 août 2020 au Bangladesh (AFP/Archives - Munir Uz zaman)

Vue aérienne des inondations à Savar, le 19 août 2020 au Bangladesh (AFP/Archives – Munir Uz zaman)

« Le raz-de-marée a atteint six mètres. Et si rapidement! Il a emporté mes grands-parents, mes oncles et mes tantes en quelques secondes, sous les yeux de mon père », raconte l’homme de 40 ans.

« Toute sa vie, mon père est resté incapable d’accepter cette tragédie déchirante » raconte, en séchant ses larmes, Asgar, qui gagne chaque jour environ 7,50 dollars en vendant du jus de canne à sucre sur le bord de la route.

– Cinq millions de déplacés –

Les cyclones sont de plus en plus fréquents, selon les scientifiques. Des prévisions de plus en plus précises permettent généralement une évacuation à temps des populations. Mais avec les inondations toujours plus nombreuses et l’érosion fluviale, la vie de beaucoup d’habitants devient intenable.

Des hommes placent des sacs pour consolider la rive de la Padma, un affluent du Gange, le 20 septembre 2021 à Manikgonj, au Bangladesh (AFP - Munir Uz zaman)

Des hommes placent des sacs pour consolider la rive de la Padma, un affluent du Gange, le 20 septembre 2021 à Manikgonj, au Bangladesh (AFP – Munir Uz zaman)

Sur la rive de la Padma, un affluent du Gange, Afsar Dewan montre l’endroit où se trouvait, la veille encore, sa maison faite de tôle, brique et béton, avant qu’elle ne soit emportée avec des centaines d’autres dans la ville de Manikganj et ses environs.

« Il y avait deux madrassas (écoles coraniques, ndlr) et une mosquée là-bas. Tout a été emporté maintenant. Les tombes ont été emportées. Mes parents et mes oncles y étaient enterrés », raconte-t-il.

Désormais, cet homme de 65 ans devra emprunter de l’argent, avec des intérêts parfois supérieurs au montant du prêt, mais il ne rejoindra pas les villageois exilés à Dacca, à 100 km de là, car il a encore des terres agricoles à exploiter.

Selon le Centre international de surveillance des déplacements, près de 5 millions de Bangladais ont été déplacés à l’intérieur du pays entre 2008 et 2014, s’installant la plupart du temps à Dacca ou Chittagong.

Selon la Banque mondiale, 13,3 millions d’autres pourraient suivre d’ici 2050.

Un grand nombre migrent aussi à l’étranger, 700.000 Bangladais partant chaque année pour un travail au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est.

Ce sont aussi une des principales nationalités à tenter de se rendre clandestinement en Europe.

– Les pays riches évitent la discussion –

Dacca a construit des dizaines de milliers de logements ces deux dernières années, dont plus de la moitié vont à des réfugiés climatiques, principalement victimes de l’érosion fluviale, explique Tanvir Shakil Joy, député et chef du groupe parlementaire sur le changement climatique.

Le Bangladesh prévoit de construire pour eux 10.000 autres logements cette année, a expliqué à l’AFP le secrétaire à la Gestion de catastrophes Mohammad Mohsin.

Les études du Centre de services environnementaux et géographiques, le CEGIS, organe public, montrent que, chaque année depuis 2004, 50.000 personnes perdent leur logement sur les rives des deux principaux fleuves himalayens du pays, le Gange et le Brahmapoutre.

« Le Bangladesh abrite des dizaines de grands fleuves. Si vous ajoutez les personnes qui ont perdu leur maison à cause d’autres rivières, plus de 100.000 personnes perdent leur maison chaque année », estime Mominul Haque Sarker, conseiller du CEGIS.

Lors du sommet de la COP26 à Glasgow, le Bangladesh va une nouvelle fois souligner les défis qu’il va affronter à cause des événements météorologiques extrêmes et demander une aide internationale pour l’aider à s’adapter.

« Mais quand nous parlons de migration climatique dans les forums internationaux, les pays riches évitent tout bonnement la discussion », soupire M. Joy.

« Les nations occidentales, qui sont les principales responsables du réchauffement climatique, doivent maintenant reconnaître que le changement climatique est à l’origine de migrations et de déplacements massifs », ajoute-t-il. « Leur appréhension est que, s’ils le reconnaissent, ils devront peut-être accepter certains de ces réfugiés ».

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