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« Les troubles flambent » : les urgences pédopsychiatriques au chevet de la détresse adolescente

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« Les troubles flambent » : les urgences pédopsychiatriques au chevet de la détresse adolescente

« Les troubles flambent » : les urgences pédopsychiatriques au chevet de la détresse adolescente

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Yassine (tous les prénoms des enfants ont été modifiés) tient Clémentine dans ses bras. Le grand adolescent aux traits enfantins sourit à pleines dents, stupéfait de la facilité avec laquelle il a enlacé cette jolie jeune fille de 14 ans, à peine arrivée. « Vous êtes à l’hôpital, là, pas dans un club de rencontres », peste Doris (qui n’a pas souhaité donner son nom), l’aide-soignante, en traversant la salle de vie de l’unité Urgences et liaisons de psychiatrie infanto-juvénile (Ulpij) de la Fondation Vallée, située au cœur du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), et dans laquelle Le Monde a pu passer une semaine. Yassine et Clémentine sont tous les deux là pour des tentatives de suicide ; l’un a avalé deux boîtes d’anxiolytiques le matin de son bac blanc, l’autre a fait une overdose d’ecstasy.

Chaque année, ils sont près d’une centaine d’enfants et d’adolescents à séjourner dans ce service unique en région parisienne, capable « de fonctionner en vraie urgence et d’hospitaliser un jeune en une heure, dans un espace fait pour ça, explique le docteur Hugo Naudet, médecin de l’unité. Ici, on récupère les pires situations, mais je n’ai jamais eu autant de demandes pour des cas complètement catastrophiques. On doit sans arrêt trouver des solutions, on n’a que huit places. » L’Ulpij agrège toutes les détresses adolescentes aggravées par la pandémie de Covid-19, qui a augmenté la maltraitance intrafamiliale, la désocialisation, le temps devant les écrans et les idées suicidaires. Et depuis décembre 2020, « les troubles flambent », affirme le docteur Naudet.

Au même moment, l’unité a dû alerter l’agence régionale de santé (ARS) pour obtenir des renforts. « Les deux confinements ont été initialement plutôt bien vécus par beaucoup d’adolescents, qui semblent s’être retrouvés dans une période de “pseudo-confort” en lien avec l’arrêt scolaire. Cependant, la suite montrera que cette accalmie n’était que temporaire, et on assistera à une explosion de décompensations psychiatriques et de situations de crises chez les adolescents en fin d’année 2020 », corrobore le rapport d’activité de l’unité publié début 2021. Ce service, comme les autres structures analogues en France, redoute une épidémie de gestes autoagressifs chez les jeunes.

Coupés du monde pendant deux semaines

Deux médecins, trois internes, dix infirmiers, six aides-soignantes et un psychologue se relaient jour et nuit pour veiller sur ces enfants coupés du monde et enfermés dans l’unité pendant deux semaines en moyenne. Ils rejoignent ensuite le circuit de la pédopsychiatrie de ville, affaibli lui aussi par la crise sanitaire et le manque de praticiens. Les listes de patients des centres médico-psycho-pédagogiques sont saturées, avec parfois un an d’attente pour voir un soignant. « La fragilité du tissu de soin en aval fait que les jeunes sur le fil basculent plus vite, s’acutisent [passent d’un état chronique à un état aigu], et atterrissent plus aux urgences. C’est un cercle vicieux », explique le docteur Richard Buferne, chef du pôle intersectoriel à la Fondation Vallée, à laquelle est rattachée l’Ulpij.

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