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Médicament : les expertises suspectes d’un professeur de l’Ecole normale supérieure

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Médicament : les expertises suspectes d’un professeur de l’Ecole normale supérieure

Médicament : les expertises suspectes d’un professeur de l’Ecole normale supérieure

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C’est sans doute le courrier le plus embarrassant reçu à ce jour par l’actuelle direction de l’Ecole normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, à Paris. Au cœur de l’été, dans une lettre adressée le 16 août au physicien Marc Mézard, le patron de la prestigieuse institution, deux figures de l’épidémiologie française, Marcel Goldberg (Inserm, université de Paris) et William Dab (Conservatoire national des arts et métiers), accusent de fraude l’un des professeurs de l’école, l’informaticien David Naccache, spécialiste de cybersécurité.

Dans le monde feutré de la recherche académique, une telle accusation est exceptionnellement rare. S’y ajoute une requête non moins inhabituelle : les deux épidémiologistes demandent à l’ENS de constituer un « jury d’honneur » pour statuer publiquement sur l’intégrité d’un rapport d’expertise rédigé par M. Naccache en novembre 2018, et qu’ils estiment frauduleux. Ce rapport – vingt-deux pages dont huit de curriculum vitae – avait été commandé au professeur de l’ENS par la société Laboratoires Genevrier, pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, afin d’attaquer une étude défavorable à l’un de ses produits.

L’affaire va bien au-delà d’une dispute entre chercheurs. Elle est le dernier épisode en date de la guerre à outrance que se livrent, depuis une demi-douzaine d’années, Genevrier et l’un de ses prestataires, la société Laser, fondée par l’épidémiologiste Lucien Abenhaim, ancien professeur à l’université McGill (Canada) et directeur général de la santé de 1999 à 2003.

Rappel des faits : Laser, société spécialisée dans la conduite d’études cliniques, est mandatée par Genevrier en 2009 pour réaliser une évaluation, sur plusieurs milliers de patients, de l’efficacité de l’un de ses médicaments-phares, le Chondrosulf, prescrit contre l’arthrose. L’étude conclut que le produit – comme d’autres de la même famille – n’a pas d’effet significatif ; elle motive, en janvier 2013, un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) recommandant le déremboursement de ces médicaments.

Six laboratoires pharmaceutiques sont concernés par ces mesures de déremboursement, mais Genevrier, très exposé, est le seul à attaquer frontalement les conclusions de l’étude. « Le Chondrosulf représentait pour nous 60 millions d’euros de chiffre d’affaires avant 2015, contre 10 millions d’euros aujourd’hui, résume Fabrice Jover, le directeur général de Genevrier. Tout cela a eu un impact sur l’emploi, car nous avons dû licencier du personnel. Et cette situation crée une injustice pour les patients qui ne peuvent plus obtenir un médicament qui les soulageait, car son prix n’est désormais plus encadré. »

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