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Mers et Rivières, un témoignage photo écologiste au fil de l’eau

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Mers et Rivières, un témoignage photo écologiste au fil de l’eau

Mers et Rivières, un témoignage photo écologiste au fil de l’eau

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Il est encore temps ! Temps d’aller voir la déroutante exposition autour de l’eau qui se tient au Pavillon Populaire de Montpellier jusqu’au 16 janvier 2022, et propose trois séries – Le projet Danube (2005), Les eaux de Hong Kong (2009-2010), et Kaunas sur les rivières (2017), de l’éditeur, artiste et photographe allemand Andreas Müller-Pohle. Fondateur en 1980 de la prestigieuse revue European Photography, ce talentueux représentant d’un art expérimental, libéré de la domination exclusive des automatismes techniques puis focalisé sur nos modes de perception et l’exploration des nouvelles technologies de production visuelle, entraîne le spectateur au fil de l’onde. Dans ses images fluctuent préoccupation environnementale et contemplation, invitation à bousculer les repères de notre vision et interrogations sur l’importance vitale de l’eau pour l’humanité.

Le carnet de santé du Danube

Dans les années 2000, Andreas Müller-Pohle commence un travail de longue haleine sur l’eau, et teste la technique du « split screen« , l’écran divisé, en positionnant son appareil photographique entre l’eau et la surface, de façon à donner à voir dans une même image le dessus et le dessous. Sa série sur le Danube, démarrée en 2005, le conduit à suivre le cours du fleuve sur près de 2800 kilomètres et huit pays, de l’Allemagne à la Roumanie, de ses sources dans la Forêt-Noire à l’embouchure dans la mer Noire.

Un périple le long duquel il récolte aussi des échantillons d’eau : les données des analyses effectuées apparaissent sur les images, qui dès lors acquièrent le caractère d’un carnet de santé du fleuve à un instant T. Carbone organique total, composants ioniques, nitrate, phosphate, potassium, cadmium, mercure, plomb….leurs niveaux sont reportés sur les clichés, et indiquent le degré de pollution. Ici s’exprime la nécessité de l’artiste de dépasser le visible, dans un élargissement du geste artistique qui sonde l’intimité cachée des éléments naturels. La séparation de l’écran en deux serait-il d’ailleurs le symbole des limites de notre propre perception du monde ? Elle s’arrête à la surface, plonge difficilement au-delà, et encore plus rarement s’aventure dans la démarche de décryptage de données invisibles. Ainsi va-t-il de notre attitude à l’égard de la crise environnementale…

Un témoignage engagé

Andreas Müller-Pohle se dit fasciné par la mégalopole d’Asie dans laquelle il a résidé longtemps, et dont témoigne sa série : « Les eaux de Hong Kong », réalisée entre 2009 et 2010. De cette ville dominée par la verticalité de son architecture il souligne la dépendance à l’eau, la soumission à la menace de la montée du niveau de la mer, et un lien circulaire et infini entre les constructions et la myriade de canaux qui creusent un paysage aquatique mouvant et ondulant. Là encore, le choix de l’artiste produit un troublant effet de perception : les crispations, les vagues et remous qui viennent lécher, encercler et presque envahir les imposantes hauteurs des tours évoquent à la fois la symbiose et le danger. Vite immergé, voire submergé, par cet élément à la fois vivant et trouble, le spectateur est relié à l’eau par la subtilité du cadrage, qui dessine et rassemble les deux mondes, liquide et aérien. L’un porte à sa surface bateaux, déchets, ferraille, feuilles et racines, l’autre laisse entrevoir les vertigineuses constructions humaines, des bouts de villes étrangement posés sur les flots.

En Lituanie, c’est sur la ville de Kaunas que s’est posé l’objectif d’Andreas Müller-Pohle, lors d’une brève résidence d’artiste. Kaunas se trouve au confluent d’une rivière, d’un fleuve, et d’un lac artificiel. Et contrairement à la profusion d’activités fluviales touristiques et commerciales sur le Danube ou à l’impressionnante dualité eau-béton d’Hong Kong, l’artiste reflète dans cette série la mélancolie des lieux, se fait miroir tranquille d’une verdure et de paysages bucoliques qui se coulent dans les rivières avec innocence. Loin des calamités de la modernité, qu’on oublie un instant. Le temps de quelques images. Car le travail remarquable de cet artiste au fil de l’eau, empreint de poésie, reste néanmoins un témoignage frappant et engagé de la fragilité du monde.

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