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Pauline Saint-Martin, une médecin légiste sur les traces de la violence humaine

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Pauline Saint-Martin, une médecin légiste sur les traces de la violence humaine

Pauline Saint-Martin, une médecin légiste sur les traces de la violence humaine

Pauline Saint-Martin, chef du service de médecine légale au CHU de Tours, ici à la Maison des femmes, où elle échange chaque semaine sur les situations des patientes, principalement des victimes de violences conjugales.

« La peau d’une victime est un livre. » Ce mardi-là, à Tours, la médecin légiste Pauline Saint-Martin le raconte. Les marques laissées par les violences. Leur lecture par le légiste. Une médecine des morts, mais surtout des vivants : « Les autopsies représentent moins de 10 % de notre activité, présente la chef de service de l’institut médico-légal (IML) du CHU de Tours, centre pivot en région Centre-Val de Loire. Nous examinons surtout des victimes de violences vivantes, parfois vingt par jour alors que nous sommes configurés pour huit. »

En 2020, L’IML en a accueilli 3 500 (20 % de plus qu’en 2019), dont 400 pour des violences sexuelles, 500 pour des violences conjugales (non sexuelles) et 1 000 mineurs, la plupart sur réquisition judiciaire après un dépôt de plainte. Avec son propos franc, ancré dans le réel, Pauline Saint-Martin captive son auditoire : ces policiers, gendarmes, travailleurs sociaux et salariés associatifs se forment sur les violences sexuelles dans le cadre du protocole départemental de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes (préfecture d’Indre-et-Loire). Pour la spécialiste, c’est l’occasion de transmettre un message-clé : les personnes recueillant les confidences doivent rapidement orienter les victimes vers les unités médico-judiciaires (UMJ), le service de consultations de l’institut médico-légal.

Car le temps est compté. Sur le livre-peau, les mots sont éphémères : « Les ecchymoses s’effacent en quelques jours sur un enfant battu, en deux à trois semaines sur un adulte. En cas de viol, les prélèvements pour la recherche d’ADN et de toxiques doivent s’effectuer dans les cinq jours. » La professeure de médecine légale scrute chaque centimètre carré à la recherche d’une lésion. L’abrasion de la lame d’un couteau sur le cou. Les marques de contention sur les fesses. « Des lésions bénignes témoignent parfois de faits graves, comme les traces d’une strangulation. »

Porter la discipline

Mais tous les territoires n’ont pas d’UMJ. En région Centre-Val de Loire, après une ouverture mi-octobre à Bourges (Cher), trois départements en restent dépourvus. Alors, ce n’est pas un légiste qui constate les lésions, mais un médecin non formé. Dans des affaires de violences graves, Pauline Saint-Martin déplore couramment l’absence de constat solide. « Quand les lésions disparaissent, il devient impossible de les interpréter. Ces éléments sont perdus pour toujours », regrette celle qui fréquente dix à quinze fois par an les cours d’assises. Experte près la cour d’appel d’Orléans, elle est depuis 2020 experte agréée par la Cour de cassation, où elle émet des avis sur des dossiers complexes.

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