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Quand un brevet perturbe l’innovation postquantique

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Quand un brevet perturbe l’innovation postquantique

Quand un brevet perturbe l’innovation postquantique

Copie d’écran d’un jeu sérieux, cryptris.nl, réalisé par une partie de l’équipe Kyber, finaliste de la compétition du NIST, destiné à expliquer le fonctionnement de leur algorithme de chiffrement résistant à l’ordinateur quantique.

A vouloir le beurre et l’argent du beurre, la recherche française pourrait n’avoir ni l’un ni l’autre. Une histoire compliquée de brevet, détenu par le CNRS, est en effet en train de perturber une compétition informatique majeure, au point de handicaper les chances de victoire de chercheurs nationaux, pourtant bien placés.

Cette compétition, organisée par le National Institute of Standards and Technology (NIST), l’organisme de référence américain de standardisation, doit garantir rien de moins que l’avenir de la sécurité des échanges électroniques, sur le Web, les mobiles, les cartes bancaires et autres cartes à puces. Autrement dit, toute la vie numérique sociale et économique.

Une menace plane en effet sur ces technologies utilisant des systèmes cryptographiques de chiffrement et d’authentification robustes pour payer, communiquer, accéder à des services… Jusque-là, ils semblaient solides car ils reposent sur des opérations mathématiques compliquées à réaliser. Par exemple, multiplier deux nombres premiers entre eux pour former un grand nombre est facile à calculer, mais faire l’inverse est difficile (opération dite « de factorisation »). Cette propriété garantit leur solidité, du moins avec les ordinateurs actuels. Or, de nouvelles machines, dites « quantiques », sont en cours de développement et pourraient factoriser plus rapidement, mettant à bas la précieuse sécurité. Des alternatives, déjà déployées, à l’opération de factorisation sont aussi menacées.

En décembre 2016, le NIST a donc lancé un défi à la communauté scientifique pour trouver des algorithmes « postquantiques » résistant à ces nouvelles machines. 82 propositions sont arrivées et la dernière étape de sélection est engagée depuis juillet 2020 pour sept finalistes. « Nous ferons connaître nos choix fin 2021 ou début 2022 », explique Dustin Moody, le responsable de l’équipe de quinze personnes au NIST chargée de cette compétition.

Débat autour des brevets

Parmi les derniers finalistes, quatre projets concernent le chiffrement dit « à clé publique », dont deux impliquent des Français, et trois l’authentification, avec dans chacun d’eux des membres français. Un brevet du CNRS, déposé en 2010 et expirant en 2033, serait susceptible de s’appliquer à deux procédés de chiffrement, Saber (essentiellement de l’université catholique de Louvain en Belgique) et Kyber, plus international avec trois membres français.

C’est de là que vient le problème. « Ce brevet plombe notre candidature », estime Damien Stehlé de l’ENS Lyon, membre de Kyber. Comme lui, plusieurs collègues pensent en effet que, les différences techniques étant minces entre les candidats, c’est l’argument de la propriété intellectuelle qui ferait pencher la balance. « En cryptographie, les brevets n’ont pas bonne réputation. Certains systèmes ont été brevetés et n’ont jamais servi. D’autres, comme le très connu AES, sorti de mon laboratoire, n’ont pas été brevetés et servent universellement », rappelle Frédérik Vercauteren, de l’université de Louvain et contributeur de Saber. Le déploiement des procédés à base de courbes elliptiques, remplaçant déjà les systèmes de factorisation, a été retardé par des procédures juridiques liées aux brevets. Le très connu système RSA, pourtant breveté et très répandu, n’avait aucun concurrent. Pour éviter d’inévitables procédures juridiques freinant le déploiement, la meilleure option serait, pour le NIST, d’écarter Saber et Kyber…

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