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Thomas Seeley, l’homme qui chuchote à l’oreille des abeilles

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Thomas Seeley, l’homme qui chuchote à l’oreille des abeilles

Thomas Seeley, l’homme qui chuchote à l’oreille des abeilles

Dans les congrès internationaux d’apiculture, il faut jouer des coudes pour assister à ses conférences, et ses livres, quoique du genre pointu, sont des best-sellers. L’universitaire américain Thomas D. Seeley a percé plus d’un secret de la société des insectes à miel. Habile vulgarisateur convaincu que ces histoires sont trop belles pour rester l’apanage d’un cercle restreint de scientifiques, ce professeur de neurobiologie à l’université de Cornell, dans l’Etat de New York, est aussi devenu le chantre d’une nouvelle apiculture, centrée sur Apis mellifera (l’abeille) et non plus sur Homo sapiens.

Thomas Seeley, 69 ans, n’a jamais cessé d’arpenter les forêts profondes qui entourent Ithaca, dans l’est de l’Etat de New York, non loin de l’université de Cornell. C’est ici qu’à l’âge de 10 ans, il surprit au cours d’une balade un essaim vrombissant sur le point de prendre possession d’une cavité creusée au sommet d’un noyer. Cette première rencontre a façonné son rapport à l’abeille. Là où d’autres s’enferment dans un laboratoire pour séquencer un génome, ou scrutent les parois vitrées d’une ruche expérimentale, il préfère confronter l’état de la science à ses observations effectuées in situ. Par inclination personnelle mais aussi parce qu’il a forgé son aura de « beewhisperer » (« l’homme qui chuchote à l’oreille des abeilles ») sur cette aptitude à s’ancrer dans la sacro-sainte réalité du terrain pour donner à voir la vraie vie des abeilles.

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Vêtu d’une chemise de bûcheron, d’un pantalon de toile, de chaussures de marche, sa casquette de baseball vissée sur le crâne, il a dû déployer des trésors d’ingéniosité pour remonter la piste des abeilles forestières vers leur logis. Ou suspendre des ruches tests bien haut entre deux arbres pour éviter que les ours viennent se servir.

L’un des premiers faits d’armes du professeur Seeley est d’avoir mis au jour l’énigme de la « danse tremblante » de ces insectes. Depuis les travaux de l’éthologue autrichien Karl von Frisch (1886-1982), on sait que les abeilles communiquent entre elles en exécutant des danses. De retour à la ruche, une éclaireuse ayant découvert un acacia en fleurs effectue, devant ses congénères, des boucles en forme de 8 dont la vitesse et l’orientation définissent la localisation de la zone de floraison ainsi que son abondance.

En revanche, von Frisch s’est toujours demandé pourquoi, de retour sur les rayons de cire, il arrivait que les ouvrières se trémoussent non plus en frétillant mais en tremblotant. Le chercheur autrichien, Prix Nobel 1973 de physiologie et de médecine, avait proposé une récompense à quiconque résoudrait cette énigme. En 1991, neuf ans après la disparition de von Frisch, Thomas Seeley a trouvé l’explication : en frissonnant de la sorte, la butineuse cherche à inciter davantage de congénères à venir prendre livraison du nectar ou du pollen qu’elle rapporte de ses pérégrinations. Comme une banque aurait besoin d’un renfort de guichetiers face à un brusque afflux de dépôts, explique-t-il. Chez les abeilles, aussi, faire la queue, c’est perdre son temps.

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