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Trois lézards à l’épreuve du changement climatique

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Trois lézards à l’épreuve du changement climatique

Trois lézards à l’épreuve du changement climatique

Le lézard ocellé craint l’élévation des températures

Le plus grand lézard d’Europe est un grand timide. Difficile de le rencontrer malgré ses 60 centimètres de long et sa robe verte à points jaunes. En compagnie de Maud Berroneau, herpétologue de l’association Cistude Nature, nous arpentons le « truc vert », nom local d’une vaste dune plantée d’oyats, d’armoise maritime et d’immortelles des sables, à quelques encablures du cap Ferret. « Ils adorent les anfractuosités, les fissures et occupent aussi les terriers des lapins avec lesquels ils vivent en bonne intelligence », explique-t-elle. Mais ce jour-là nous ne verrons que des traces et des crottes où se trouvent des résidus de carapaces trahissant un goût prononcé pour les petits coléoptères des milieux sableux. Présent en Espagne et sur le pourtour méditerranéen, en zone atlantique Timon lepidus ne peuple que les dunes du littoral aquitain. Combien sont-ils ? Impossible de le savoir. « Les dunes sont trop vastes et ils sont trop craintifs pour qu’on puisse estimer la population aussi je ne vérifie leur présence que sur 80 lieux d’observation », poursuit l’herpétologue.

Le lézard ocellé est une sentinelle à double titre. Classée « en danger » dans la région Nouvelle-Aquitaine et « vulnérable » en France selon l’UICN, l’espèce est bien menacée par le réchauffement en dépit de son lieu de vie. Car si les espèces ectothermes (dépendantes de la température extérieure) ont besoin de chaleur pour pouvoir vivre, se nourrir, se reproduire, des températures trop élevées inhibent leur activité. « Les jours de grande chaleur, on ne les voit que tôt le matin ou tard le soir », précise Maud Berroneau. L’autre menace est bien plus grave : c’est la montée du niveau des mers. Les dunes côtières de Nouvelle-Aquitaine vont reculer de 20 mètres d’ici à 2025 et de 50 mètres supplémentaires en 2050 selon les travaux du Bureau de recherche géologique et minière (BRGM). Soit l’équivalent de 991 terrains de football mangés par l’Atlantique. Autant d’espace perdu pour un lézard qui devra peut-être se réfugier au sein de la forêt landaise. D’ailleurs sa présence a déjà été détectée et il semble bien s’y adapter. Un faible espoir pour une espèce qui pourrait disparaître au cours du siècle.

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Crédit : Mick Baines & Maren Reichelt / Robert Harding RF / robertharding via AFP

Le lézard vivipare est trop sédentaire pour migrer

Avant qu’on n’y plante des pins à tour de bras, la Gironde et les Landes étaient couvertes de lagunes, des étendues d’eau douce pauvres en nutriments, formées il y a plus de 10.000 ans. À un quart d’heure de Bordeaux, la lagune du Pian figure ainsi parmi les quelques dizaines de zones humides restantes. C’est là que s’épanouit le lézard vivipare, une espèce qui préfère la fraîcheur à la chaleur. « Le fait de produire des petits viables plutôt que de pondre est généralement considéré comme une adaptation aux climats froids », explique Andréaz Dupoué, chercheur à la Station d’écologie théorique et expérimentale (Sete, CNRS et université Paul-Sabatier de Toulouse). Ici, Zootoca vivipara est en limite sud d’une aire de répartition qui s’étend jusqu’en Scandinavie. Si l’espèce n’est pas en danger, elle est localement menacée par le réchauffement climatique. Un collectif de chercheurs de la Sete a ainsi mené une étude comparative du génome de différentes populations par des prélèvements de salive.

« Non seulement les lézards vivipares sont bien moins abondants dans le massif landais, mais ils ont de plus un patrimoine génétique nettement différent de celui des autres populations et un plus fort taux de consanguinité. La conclusion est simple : il y a un risque imminent d’extinction locale », affirme Andréaz Dupoué. La consanguinité est vraisemblablement la conséquence directe du morcellement des milieux lagunaires. Mais le changement climatique aggrave la situation. Les naturalistes de Cistude Nature notent que les précipitations sont de moins en moins abondantes tandis que les températures deviennent estivales dès le printemps. Résultat : les lagunes s’assèchent plus vite et la fraîcheur nécessaire au lézard vivipare disparaît. Trop sédentaire pour pouvoir migrer, il devrait disparaître des Landes à brève échéance.

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Crédit : Neville Mountford-Hoare / AltoPress / PhotoAlto via AFP

Une nouvelle concurrence pour le lézard de Bonnal

Le lézard de Bonnal ne vit que dans quelques éboulis rocheux de la chaîne des Pyrénées entre 1500 et 3000 m d’altitude. Étrange quand on est un ectotherme. « Ce petit reptile tout gris n’entre en activité qu’en juin à la fonte des neiges, se dépêche de se reproduire pour entrer de nouveau en léthargie en octobre quand les températures deviennent très basses », résume Matthieu Berroneau, herpétologue chargé de projet à Cistude Nature. Iberolacerta bonnali a un mode de vie très particulier. Dès la fin juin, les femelles pondent de 3 à 4 œufs (contre plus d’une dizaine chez les autres lézards) qui éclosent au bout de 4 à 5 semaines.

Les petits sont déjà bien développés. « L’espèce compense ainsi le faible nombre d’œufs par le fait qu’à l’éclosion les petits sont bien plus solides et ont une espérance de vie plus importante », poursuit Matthieu Berroneau. Bien adaptés à leur milieu, ces reptiles bénéficient d’une quasi-absence de prédateurs. Las ! leur tranquillité est en danger du fait de l’élévation des températures. Depuis le début de l’ère industrielle, la hausse de la température moyenne annuelle en Nouvelle-Aquitaine a déjà atteint les 1,5 °C. Sur les pentes montagneuses, cela se traduit par une diminution de la couverture neigeuse et des températures plus élevées l’été. En période de canicule, il peut faire +25 °C au-dessus de 2000 mètres.

Résultat : « Les conditions de vie commencent à être favorables au lézard des murailles Podarcis muralis, que l’on rencontre dans tous les jardins », assure Matthieu Berroneau. Depuis 2016, les herpétologues procèdent à des recensements de lézards le long des chemins de randonnée trois fois au cours de l’été. « La première année, les lézards communs étaient très rares au-delà de 1800 m, on en retrouve à 2000 m. désormais », dévoile l’herpétologue. Leurs calculs montrent que le lézard des murailles a gagné 80 mètres en altitude depuis 2018. Comment va se passer cette cohabitation toute nouvelle ? Les naturalistes craignent qu’entre le très compétitif lézard des murailles capable de coloniser tous les milieux et le plus fragile lézard de Bonnal qui voit son milieu naturel envahi, l’histoire ne soit déjà écrite avec une extinction probable dans les décennies à venir.

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Crédit : Lilian Cazabet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

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