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Un premier vaccin à ARNm contre le virus du Sida

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Un premier vaccin à ARNm contre le virus du Sida

Un premier vaccin à ARNm contre le virus du Sida

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) pourrait-elle être efficacement prévenue par les vaccins à ARNm ? C’est l’espoir de la société Moderna, en collaboration avec l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI) et la fondation Bill et Melinda Gates, dont un candidat vaccin entre en phase 1 d’essais cliniques (sur l’humain) en 2021.

Covid-19 vs VIH : deux cibles très différentes

« Comment se fait-il qu’un vaccin contre le Covid-19 ait pu être développé si vite, alors qu’en 30 ans les chercheurs n’ont pas abouti sur le Sida ?« . La question est souvent entendue. Grâce à des investissements colossaux, une collaboration scientifique et administrative mondiale et une prise de risque financière considérable, plusieurs vaccins très efficaces contre le Covid-19 ont en effet vu le jour en seulement un an. Il serait cependant faux de dire que la recherche du vaccin contre le VIH piétine là où celle contre le Covid-19 a galopé. « La recherche d’un vaccin contre le VIH nous a plus appris sur la manière de développer des vaccins de nouvelle génération que toute autre entreprise scientifique. Ce n’est que grâce à cela que nous avons pu développer les vaccins Covid aussi rapidement« , rappelle Mark Feinberg, président et directeur général de l’IAVI, auprès de The Body, plateforme de news scientifique dédiée au Sida.

Lire aussi10 mois au lieu de 10 ans : comment est-ce possible qu’un vaccin contre le Covid-19 arrive si vite sur le marché ?

Mais au-delà de l’investissement condensé, la différence entre les deux virus est principalement biologique. Là où le SARS-Cov-2 du Covid-19 mute lentement et provoque en quelques jours ou semaines des symptômes et une réaction immunitaire parfois hypertrophiée (les fameux orages cytokiniques), le VIH causant le Sida est bien plus insaisissable. Après l’infection, il peut se passer 10 ans avant que les premiers symptômes n’arrivent, et en se cachant dans nos cellules immunitaires, le virus laisse notre organisme impuissant.

Contrairement au SARS-CoV-2, le VIH est un « rétrovirus » qui s’intègre à l’ADN de son hôte. Le vaccin, pour être efficace, doit donc interrompre tout à fait l’infection, pas seulement réduire la quantité virale en laissant le virus dans l’organisme. « Il est très difficile d’obtenir un vaccin (contre le VIH) parce qu’il est très difficile d’amener l’organisme à faire quelque chose que même l’infection naturelle ne lui permet pas de faire, [à savoir] développer une réponse immunitaire adéquate pour éliminer le virus« , expliquait en septembre 2020 le célèbre infectiologue américain Anthony Fauci.

Et pour cause : le VIH mute exceptionnellement vite. Au point que « le VIH n’est pas un seul virus, mais 50 millions de virus différents« , explique en vidéo William Schief, qui a dirigé les travaux sur les prémices de ce nouveau vaccin à ARNm. Pour le Covid-19, le vaccin reproduit la protéine Spike qui hérisse la surface du coronavirus afin que le système immunitaire puisse la reconnaître par la suite. Mais devant une telle diversité de VIH, difficile d’appliquer la même méthode. « Nous devons trouver une partie des protéines du VIH qui ne change pas beaucoup d’une souche à l’autre« , ajoute le scientifique. Bonne nouvelle : certains anticorps produits par l’organisme des malades, récemment découverts par les scientifiques, sont justement capables de se lier à ces portions du VIH conservées entre ses différentes versions. Ils sont appelés des anticorps neutralisants à large spectre (« broadly neutralizing antibodies » en anglais), ou en abrégé bnAbs.

Une cellule immunitaire potentiellement efficace sur un million

Alors, problème résolu ? Pas si vite, car malheureusement seuls certaines rares cellules B (des globules blancs capables de produire des anticorps) sont en mesure de créer des bnAbs… Ce sont ces cellules B que le vaccin doit donc stimuler ! Sauf qu’en 2009-2010, les chercheurs se rendent compte que si ces très rares cellules B (une sur un million !) sont effectivement théoriquement capables de produire des bnAbs efficaces, ceux qu’elles produisent naturellement ne le sont pas : « Ils ne se lient pas si bien au VIH« , précise William Schief. Inutile donc de les stimuler avec un vaccin reproduisant la vraie portion de VIH à reconnaître : il sera trop étranger à ces cellules B pour les activer correctement.

Pas de panique, les chercheurs ont une solution : il faut créer un vaccin en plusieurs injections. La première sert uniquement à activer les cellules B, qui changent alors de forme pour « devenir des cellules B mémoire, qui possèdent chacune un anticorps sur sa surface« , détaille William Schief. Plusieurs injections poussent ensuite les cellules B possédant les bons anticorps à évoluer plus avant. « La dernière injection a pour objectif de convertir les cellules B mémoire en plasmocytes, qui sécrètent les anticorps. Il faut que le cocktail d’anticorps neutralisants à large spectre (bnAbs) produits par les plasmocytes soit capable de reconnaître les 50 millions de souches de VIH et donc de bloquer l’infection !« , résume le chercheur.

97% de patients répondent efficacement à la 1e injection

Le 3 février 2021, l’équipe annonce la réussite d’un essai de phase 1 sur 48 adultes en bonne santé. Après uniquement la première injection, les rares cellules B ciblées ont bien été activées chez 97% des participants ! « Les cellules B produites grâce à notre vaccin ne savent pas encore comment neutraliser le VIH, et c’est normal, mais elles sont très matures et nous avons une bonne idée à présent de ce que la seconde injection doit être« , se réjouit William Schief, précisant que le vaccin n’a en plus causé aucun effet indésirable sérieux. « Nous pensions en démarrant que ce test serait une preuve que notre concept fonctionne sur le principe, mais nos résultats sont étonnamment robustes et positifs, si bien que nous n’avons pas besoin de revoir notre copie ! »

C’est cette injection qui sera utilisée lors du nouvel essai de phase 1 annoncé par Moderna, suivie d’une autre contenant cette fois l’ARNm capable d’activer les cellules B mémoire produites. L’ARNm (ou ARN messager) est en effet un intermédiaire naturel entre l’ADN et la machinerie cellulaire capable de produire les protéines, une sorte de note de service à usage unique et détruite en quelques heures. Soigneusement choisi et fabriqué, l’ARNm contenu dans les vaccins ordonne ainsi à nos cellules de fabriquer une protéine spécifique du virus à combattre, que ce soit la Spike du SARS-Cov-2 du Covid-19 ou la portion conservée à la surface du VIH. L’étude portera sur 56 adultes, elle devrait démarrer en septembre 2021, et se conclure au printemps 2023.

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