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Uruara, la ville sans forêt où le bœuf est roi


Et soudain, le choc tant redouté… Nous n’avions pourtant quitté la ville d’Altamira, le point de départ de notre voyage, que depuis une heure à peine. Le temps de parcourir quoi ? Au mieux 80 ou 90 kilomètres ? Certes, les nids-de-poule s’enchaînaient, le marquage au sol se faisait de plus en plus aléatoire, çà et là des ouvriers vêtus de combinaisons écrevisse et coiffés de chapeaux de paille, dressés sur des pelleteuses japonaises, tentaient de rafistoler ce qui peut l’être. Mais de là à imaginer que cette route, la si fière « Transamazonienne », cesserait d’être asphaltée après quelques dizaines de kilomètres…

Passé une petite rivière aux eaux marronnasses, nous voici brutalement propulsés sur ces pistes de terre battue que nous ne quitterons plus (ou presque) jusqu’au terme du voyage, quatre semaines plus tard. En un instant, la carrosserie du 4 x 4 – un pick-up Chevrolet S10 blanc – se couvre de poussière brune. Les amortisseurs encaissent, le dos un peu moins… Il faudra s’y faire. « Fini le confort, les gars ! C’est l’aventure qui commence ! », rugit, non sans plaisir, notre chauffeur, Gabriel, doux colosse de 120 kilos, et expert en tape-culs tropicaux.

Une statue de vache marque l’entrée de la ville de Medicilandia, au Brésil, le 19 mai 2022, le long de la route transamazonienne. L’économie locale dépend principalement de la production de cacao et de bétail.

Ce passage du bitume à la terre n’a rien d’anecdotique. Il marque une frontière symbolique, l’entrée dans un autre monde. Au-delà de la localité de Medicilandia, ainsi nommée en hommage au général Médici, père fondateur de cette route, ne s’étendent plus que des champs à perte de vue. C’est l’Amazonie sans forêt, la jungle-désert, le vide tropical. Ici ou là, des fermiers ont laissé pousser un grand noyer ou un palmier, histoire d’offrir tout de même un chouia d’ombre au seigneur de ces mornes immensités : le bœuf tout-puissant, robe blanche et regard noir.

Sa figure est omniprésente dans la ville d’Uruara, « panier de fleur » en langue tupi et deuxième étape de notre voyage. Il s’expose en devanture des boucheries, mais aussi des supermarchés, parfois même des garages, des friperies, des hôtels. Sans oublier, et c’est plus logique, les churrascarias, ces restos de grillades, servant pour 30 reais (environ 5,40 euros) de la viande rouge à volonté. Un chiffre parlant : la cité compte 45 000 habitants pour 350 000 bovins, soit près de huit par personne. Cinq fois plus que le département de la Manche, record de France de la catégorie.

« Ici, c’est mieux que Sao Paulo »

Uruara est l’un des fiefs de l’agronégoce brésilien. Le long de la Transamazonienne, qui fait ici office d’avenue centrale, le visiteur trouve de tout : des restaurants, un sushi bar, des chocolatiers, des vendeurs de sorbets Mr. Shake, et même un magasin de cosmétique O Boticario. Les hôtels Dallas, Paris, Topazzo proposent Netflix à leurs clients. Les allées, certes poussiéreuses, sont parfois bordées de gazon et de petits canaux. Au milieu de l’Amazonie, on capte la 4G comme en plein Sao Paulo.

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Written by Stephanie

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