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Comment la peste noire a remodelé notre système immunitaire


Une tranchée funéraire de la peste noire en cours d’excavation entre des rangées de tombes individuelles (et les fondations en béton ultérieures de la Monnaie royale), East Smithfield, Londres, en 2005.

Un fléau épidémique peut façonner les gènes qui commandent les bataillons de nos cellules immunitaires. Une étude publiée le 19 octobre dans la revue Nature en offre une éclatante démonstration. La peste noire : aujourd’hui encore, ce nom est synonyme d’événement funeste. Au XIVe siècle, cette grande faucheuse s’est répandue comme une traînée de poudre à travers l’Europe, propagée par le rat. Des rongeurs, dont les puces hébergeaient la bactérie de la peste, Yersinia pestis, ont été ramenés d’Asie par des navires de commerce.

Cette maladie provoquait tantôt des bubons douloureux et pestilentiels au niveau de l’aine ou des aisselles, tantôt des symptômes respiratoires foudroyants, les formes qu’elle prenait pouvant évoluer chez un même malade. Terriblement contagieuse, elle a décimé en quelques années, de 1348 à 1352, entre 25 et 45 millions de personnes à travers l’Europe. Ce faisant, elle a aussi sélectionné certains gènes : ceux qui ont protégé les chanceux qui, par la grâce de la loterie génétique, en avaient été dotés.

« Nous sommes les héritiers de ce phénomène de sélection, relève Javier Pizarro-Cerda, coauteur de ce travail, responsable d’une unité de recherche sur Y. pestis à l’Institut Pasteur, à Paris. Aujourd’hui encore, la version du gène qui nous arme le mieux contre la peste est présente chez la moitié des Français, par exemple»

A partir de l’ADN de la pulpe dentaire

Les chercheurs ont comparé l’ADN de survivants de la peste noire et de leurs descendants à celui de ses victimes ou de personnes décédées avant le passage du fléau. Pour cela, ils ont analysé le génome de 206 squelettes enterrés avant, pendant ou après cette épidémie, dans trois lieux de sépulture à Londres et cinq au Danemark. Les dates des inhumations y étaient connues grâce à la datation au radiocarbone, à la stratigraphie ou aux archives historiques. « La force de cette étude a été de cibler une période très précise, se rapportant à un événement bien daté – la peste. Et donc d’attribuer à cette pandémie un phénomène de sélection de gènes », explique Christian Demeure, de l’Institut Pasteur, coauteur de l’étude.

Parmi ces restes humains, 42 provenaient en effet d’une fosse commune creusée à Londres en 1348 et 1349 : les deux années, précisément, où l’épidémie a frappé la capitale britannique. Anticipant l’impact de la vague, la cité avait d’ailleurs loué des terres pour y installer en urgence des cimetières… Les chercheurs ont aussi analysé les restes de 67 personnes disparues avant la pandémie – entre 1000 et 1250 à Londres, entre 850 et 1350 au Danemark. Et ceux de 107 individus morts après – entre 1350 et 1539 à Londres, entre 1350 et 1800 au Danemark.

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Written by Milo

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