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Une nouvelle recette pour fabriquer des bulles éternelles


Nuées de bulles protégées par une coque en silice pour leur assurer une grande longévité. Les plus grandes font cent micromètres de diamètre.

A croire que les chercheurs français aiment coincer la bulle. En janvier, une équipe de l’université de Lille avait gonflé des bulles de savon qui n’éclatent pas dans l’air pendant plusieurs mois. Six mois plus tard, des collègues de l’ENS de Lyon font mieux avec des bulles durant des années, mais cette fois piégées dans un liquide et pas dans l’air. « J’ai encore de ces microballons, comme on les appelle, datant de plus de dix ans ! », souligne Stéphane Santucci, chercheur CNRS qui décrit cette performance dans Physical Review Applied.

Coincer autant de bulles, particulièrement stables, dans un liquide, intéresse les industriels des cosmétiques (L’Oréal a financé une partie des travaux, couverts par plusieurs brevets) ou de l’agroalimentaire pour encapsuler diverses huiles ou arômes.

« Cela peut servir également pour protéger les végétaux du gel. On pulvérise ces bulles sur les feuilles pour servir d’isolant. La pluie enlèvera ces particules à base d’argile, non polluant », suggère Vance Bergeron, chercheur CNRS et autre coauteur.

Une coque autour des bulles

La performance vaut en fait non par l’incroyable longévité de ce matériau, car d’autres méthodes le faisaient déjà, mais par la recette, « simple, peu chère et déployable à grande échelle », note Stéphane Santucci.

Tout commence classiquement par le mélange au mixeur du liquide avec un tensioactif, c’est-à-dire un savon qui stabilise l’interface entre le liquide et l’air (pour une bulle) ou entre deux liquides (pour des gouttes). De nombreuses bulles de quelques dizaines de micromètres apparaissent, mais elles sont fragiles : le tensioactif ne résiste pas à la pression dans la bulle, qui finit par disparaître. D’où l’ajout ensuite de particules de 0,25 micromètre de diamètre, comme de la silice, pour former une coque autour des bulles, qui sera robuste, voire éternelle.

« Leur méthode simple pourrait fabriquer de grandes quantités de bulles ou de mousse, et à faible coût » – Wiebke Drenckhan, chercheuse au CNRS

Problème, il faut forcer ces billes à se coller aux bulles. C’est là que réside l’innovation principale des Lyonnais, voire le changement de paradigme qu’ils introduisent, par rapport aux autres méthodes. Ils utilisent des savons chargés négativement et des particules chargées positivement (ou l’inverse) pour que ces deux espèces s’attirent au niveau de la surface des bulles.

Et ça marche ! « Leur méthode simple pourrait fabriquer de grandes quantités de bulles ou de mousse, et à faible coût, constate Wiebke Drenckhan, chercheuse au CNRS à l’Institut Charles-Sadron, à Strasbourg (et chroniqueuse au Monde). Le problème est que tout le monde n’est pas d’accord sur leur interprétation de ce qui se passe ! »

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Written by Milo

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