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Podcast. Pourquoi l’hygiène est si vitale pour notre santé


Lavage des mains, gel hydroalcoolique, éternuer dans le coude… autant d’habitudes que nous avons prises lors de la pandémie de Covid-19, qui avait mis en avant l’importance fondamentale de l’hygiène pour lutter contre les maladies. Avec la vaccination et les antibiotiques, elle est une des clés pour être en bonne santé. Que retenir de ces bonnes pratiques ? Comment les maintenir, surtout dans des pays en développement où on manque de tout ? Comment apprendre à nettoyer sa maison ou un hôpital sans pour autant polluer l’environnement ? Eléments de réponses dans l’épisode 5 de « La Fabrique du savoir, saison 2 », un podcast du Monde produit en partenariat avec l’Espace Mendès-France de Poitiers.

Au micro de la journaliste Joséfa Lopez, Priscilla Duboz, anthropobiologiste, directrice adjointe de l’Observatoire hommes-milieux international Tessékéré, Lamine Gueye, médecin, recteur de l’université Gaston-Bergé de Saint-Louis, au Sénégal, neurobiologiste et Bruno Grandbastien, président de la société française d’hygiène hospitalière et professeur de santé publique à Lausanne.

Se laver les mains. Ce geste peut paraître banal mais la plupart des gens le font mal. Résultat : les maladies en profitent.

Quel est le rôle de l’hygiène et comment sa place a-t-elle évolué dans la société ?

Bruno Grandbastien : L’hygiène est un des fondements de la santé. On parle d’une « révolution blanche », qui a peut-être plus contribué à l’amélioration de la santé que les antibiotiques, ou même que la vaccination.

Priscilla Duboz : En tant qu’anthropologue, on étudie la transition démographique, et notamment ce qui a permis d’augmenter l’espérance de vie à la naissance et aux jeunes âges. Dans ce cadre, l’hygiène occupe une place extrêmement importante. C’est le premier déclencheur de l’amélioration de la santé.

Lamine Gueye : Il faut aussi prendre en compte l’hygiène de vie, comportementale, qui joue un rôle majeur dans la prévention des maladies chroniques non transmissibles comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité… Par exemple, 5 à 8 % de la population âgée de plus de 25 ans souffre du diabète. Dans certains pays, il y a aussi beaucoup d’hypertension artérielle et l’obésité s’installe progressivement chez les personnes jeunes et les enfants. On constate une évolution rapide de ces maladies ces dernières années, aussi bien dans les villes qu’en zone rurale.

P. D. : Cette évolution, assez rapide, conduit aujourd’hui à ce double fardeau : on a à la fois une prévalence de maladies infectieuses relativement importante, même si elle est en train de diminuer, et une montée en puissance des maladies chroniques non transmissibles. La difficulté, sur ces dernières, c’est que les causes de ces maladies sont multifactorielles. Il faut donc mobiliser un nombre important de disciplines pour arriver à comprendre quelles sont les logiques de la mise en place de ces maladies dans une population.

Peut-on imaginer faire disparaître les maladies infectieuses ?

B. G. : Les maladies infectieuses posent un défi à l’ensemble du monde, notamment en Afrique, avec le développement de bactéries multirésistantes. Les optimistes disent qu’on est au pied du mur. Les pessimistes disent qu’on est déjà dans le mur. Aujourd’hui, des bactéries qui sont devenues résistantes à tous les antibiotiques commencent à circuler entre les pays. La difficulté à proposer des traitements devient un enjeu majeur, purement médical, mais aussi un enjeu économique : si des nouvelles molécules arrivent sur le marché, elles ne sont pas accessibles à tout le monde, ce qui pose problème.

On l’a vu avec le vaccin contre le Covid-19…

B. G. : Tout à fait. Le risque infectieux est devenu très aigu ces deux dernières années en touchant le monde entier, et l’on n’a peut-être pas tiré beaucoup de leçons de ce qui s’était passé les années précédentes. Je veux parler de la grippe H1N1, ou plus récemment d’Ebola, qui a mis en grande difficulté les systèmes de santé de nombreux pays africains. On oublie trop vite les mesures de base et les règles d’hygiène au sens très large du terme : l’hygiène de vie aussi bien que ce que nous appelons, dans le jargon de l’hôpital, la prévention et le contrôle de l’infection.

La prévention est-elle la solution ?

L.G. : Oui, la prévention est indispensable sur le plan des infections, sur le plan alimentaire, mais aussi comportemental avec la prise de médicaments. En Afrique, les gens ont l’habitude de l’automédication. Beaucoup pensent par exemple que l’antibiotique qui s’appelle « tétracycline » peut régler tous les problèmes infectieux et digestifs. Ils en prennent mais cela peut favoriser une antibiorésistance. La question de l’hygiène environnementale se pose aussi. L’industrie pharmaceutique est en train de s’installer en Afrique et les mesures idoines ne sont pas prises pour qu’il n’y ait pas de rejet de produits dans des zones qui peuvent contaminer l’eau. Enfin, une bonne partie des soignants sont des paramédicaux, pas des médecins.

P. D. : L’épidémie de Covid-19 a été assez révélatrice du fait que tout est lié : c’est un virus qui a tué en premier lieu des gens atteints de maladies chroniques non transmissibles. On a vu qu’on ne pouvait pas séparer d’un côté les agents infectieux, et de l’autre les maladies chroniques. Cet exemple illustre tout ce dont on parle ici, c’est-à-dire la prise en compte de l’hygiène du point de vue de l’éradication de tous les agents transmissibles, mais aussi de l’hygiène de vie pour ce qui touche à des pathologies plus chroniques.

Comment mettre en place cette prévention ?

B. G. : L’éducation à la santé doit être menée au sens très large du terme et commencer très tôt. En sciences de l’éducation, on sait que beaucoup de schémas sont gravés avant l’âge de 10 ou 12 ans. Si l’on ne fait pas passer les messages de prévention tôt concernant la nécessité de favoriser une alimentation correcte ou de l’activité physique, on sait qu’on va avoir beaucoup de mal à le rattraper par la suite.

P. D. : Quand je vois à Dakar que, depuis la pandémie, les enfants toussent dans leur coude, je me dis que s’ils ont compris l’importance de ce geste, ils peuvent aussi entendre les messages au niveau de l’alimentation et de l’activité physique. Mais ça ne suffira pas : on sait que lorsqu’on n’a pas beaucoup de moyens économiques, on se tourne vers des aliments riches en gras et en sucre…

On dit parfois que nous vivons dans un monde aseptisé. Pourtant, les maladies sont toujours là. Pourquoi ?

L. G. : Il y a les effets de l’antibiorésistance, mais je crois surtout que le monde n’est pas si aseptisé. En Afrique, le Covid a encouragé les gens à adopter de bonnes pratiques : tousser dans son coude, éviter de porter les mains au niveau des yeux, mais aussi abandonner certaines pratiques traditionnelles ou rituelles. Au Sénégal, par exemple, après un enterrement, les gens revenaient du cimetière et se lavaient dans la même bassine commune remplie d’eau, sans eau de javel ni savon. Ils ne le font plus. Il faut donc continuer la sensibilisation et l’éducation. La disponibilité de l’eau pose aussi encore problème. Et puis, on a beau parler d’hygiène comportementale, faire du sport ou du jogging, rouler à vélo, l’aménagement urbain relève de décisions politiques, pas individuelles.

B. G. : B. G. : Pour parler de l’hôpital, que je connais bien, c’est un écosystème particulier. On y regroupe les patients, on potentialise donc les risques de transmission de certaines maladies infectieuses. Mais c’est aussi un environnement où on va prendre en charge des maladies avec des gestes techniques et des risques liés à ces gestes. L’environnement à l’hôpital a donc un caractère beaucoup plus aseptisé que dans la société, et heureusement. Malheureusement, l’hôpital génère aussi des troubles de l’environnement autour de lui. Les effluents des hôpitaux sont potentiellement contaminés, contaminants, ou contiennent des résidus d’antibiotiques et de produits de désinfection. Plusieurs études ont montré que l’antibiorésistance est plus importante dans un périmètre de dispersion des effluents d’un hôpital. Un endroit qui est censé soigner, sauver des vies, ne devrait pas être un facteur d’aggravation de la santé des personnes qui vivent autour. Très clairement, il faudrait optimiser les politiques de gestion des effluents et des déchets. On a encore des brûleries pour les déchets hospitaliers, quand ils ne sont pas carrément mis en décharge, où l’on peut trouver des seringues et des objets à risques…

Y a-t-il un problème de politiques publiques, de décisions politiques ?

Pour vous répondre, j’aimerais donner un exemple : il y a une vingtaine d’années s’est développée la friction hydroalcoolique. Pour désinfecter les mains, les promoteurs de cette technique ont décidé de déposer un brevet et d’en faire cadeau à l’OMS afin de permettre à tous les pays du monde de fabriquer des solutions hydroalcooliques à coût modique. Il suffit en effet d’avoir de l’éthanol et un peu de glycérol pour en fabriquer. Aujourd’hui, alors qu’il y a eu un débat sur les brevets, sur les vaccins contre le Covid, je trouve que cet exemple est assez révélateur d’une démarche de diffusion politique, au niveau international, d’une méthode de prévention et de contrôle des infections.

Si la médecine est indispensable pour guérir les individus malades, la meilleure façon de se soigner est-elle de vivre dans un environnement sain ?

P. D. : Il faut un équilibre. Il est certain que l’environnement met du temps à se dégrader, même quand les populations humaines y concourent. Mais il met encore plus de temps à se restaurer !

L. G. : Bien sûr, l’environnement dans lequel s’exerce cette hygiène est majeur. Certes, l’hygiène se fait au niveau individuel, mais quand l’environnement influence moins la dégradation de cette hygiène, ou quand il est favorable à la prise de décision sur le plan individuel, c’est encore mieux. Un exemple : si un environnement permet le développement de certaines bactéries, de certains parasites, il est évident qu’on aura beau faire des efforts sur l’hygiène des enfants par exemple, cet environnement va les contaminer. Et puis il y a toujours la prolifération des moustiques, et donc le paludisme qui tue fortement…

Quel message aimeriez-vous faire passer par rapport à cette question de l’hygiène, en termes de bonnes pratiques pour la société, mais aussi par rapport à vos recherches ?

P. D. : Je dirais qu’il est nécessaire de prendre conscience que tout est vraiment interconnecté et qu’il faut imposer des collaborations qui nous permettent de prendre en compte l’ensemble des compartiments touchés par les phénomènes qu’on étudie. Mais il faut que ce soit le cas également au niveau des décideurs politiques. Que l’information scientifique aille vers les populations, mais qu’elle serve aussi à mieux anticiper les changements qu’on vit actuellement au niveau de l’environnement.

L. G. : Nous devons être avant-gardistes. La science fournit des résultats qui peuvent servir d’aide à la décision au niveau politique et quelle que soit la volonté individuelle, c’est la décision politique qui peut protéger une société. Prendre la décision politique de rendre l’eau disponible pour tous est majeur dans les pays africains.

B. G. : Nous devons travailler en interdisciplinarité pour porter ces messages de prévention, que ce soit dans le champ de l’hygiène de vie ou dans le champ de la prévention et du contrôle de l’infection, dans la communauté ou dans les systèmes de santé. Nous devons aussi apprendre à travailler avec des collègues qui vont nous aider dans les sciences d’implémentation pour faire en sorte que les recommandations qui sont bien connues soient plus faciles à appliquer et mieux perçues par tous ceux qui doivent les appliquer.

Écouter aussi « La Fabrique du savoir », le podcast du « Monde » sur le dialogue entre sciences et société

« La Fabrique du savoir » est un podcast écrit et animé par Joséfa Lopez pour Le Monde. Réalisation : Eyeshot. Identité graphique : Mélina Zerbib. Partenariat : Sonia Jouneau, Victoire Bounine. Partenaire : Espace Mendès France de Poitiers.

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Written by Stephanie

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