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dans les entrailles de la bataille d’Arras


Les bougies ont brûlé trop longtemps et ont laissé de vilaines traînées de suie sur le pilier blanc. La grotte souterraine est froide et humide, de l’eau suinte du plafond. Dans ce lieu de mémoire, personne n’a osé effacer ces empreintes noires devenues, au fil du temps, d’insolites traces de la Grande Guerre. C’est ici, dans une carrière de craie située sous la ville d’Arras, que l’aumônier G. C. Danvers célébra, le dimanche 8 avril 1917, la messe de Pâques pour les soldats britanniques du 2e régiment du Suffolk. La ligne de front est alors proche. Sur la petite table en bois installée au pied du pilier numéroté « 5.E », l’ecclésiastique a placé un crucifix, un missel et deux cierges dont la fumée souille les pierres voisines. Les jeunes recrues implorent Dieu de les protéger de la mitraille et de veiller sur leurs familles restées au pays. Le lendemain, à 5 h 30 du matin, aux coups de sifflet de leurs officiers, les 1 500 hommes du 2e Suffolk jailliront des entrailles de la terre arrageoise, comme des milliers d’autres compatriotes engagés dans les combats, et participeront à la plus grande attaque surprise de 14-18 : la bataille d’Arras. Beaucoup n’en reviendront pas.

« Grâce aux récits de plusieurs anciens tommies [les soldats de l’armée britannique], nous avons pu déterminer l’endroit exact où le révérend Danvers avait improvisé ce service religieux et la manière dont l’office s’était tenu », raconte le directeur du patrimoine et de l’archéologie à la mairie d’Arras, Laurent Wiart, qui, en ce matin d’été, nous guide dans la carrière Wellington. Ce dédale de galeries souterraines situé à 20 mètres de profondeur, au sud du centre-ville, a été ouvert au public, en mars 2008. Les visiteurs coiffés d’un solide casque de protection y pénètrent après avoir emprunté un ascenseur grillagé plutôt rustique. On se sent, un instant, gueule noire. « Vous n’êtes pas claustrophobe ? », avait demandé Laurent Wiart avant la descente.

Lire aussi notre archive (2008) : Arras crée le tourisme de mémoire sous terre

Magnifiquement préservé et documenté, cet ancien lieu de vie militaire est un témoin vivace de la bataille d’Arras. Avec 4 000 Britanniques tués par jour au cours des six semaines de combat, le conflit fut plus meurtrier, du côté des Alliés, que Verdun ou la bataille de la Somme. Pourtant, dans les livres d’histoire des écoliers français, seules quelques lignes lui sont consacrées. Est-ce parce qu’aucun de nos soldats y prit part ? « The battle of Arras » est, en revanche, à jamais gravée dans la mémoire des nations du Commonwealth.

Un fabuleux cheval de Troie

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Written by Milo

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