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Aux Philippines, des villages se mobilisent pour sauver les récifs coralliens dégradés


Restauration réussie là où le récif corallien avait été détruit par des pratiques de pêche abusives à la dynamite. Après six années, les boutures de coraux se sont bien développées et des polypes de coraux naturels se sont également fixés sur les supports en béton (2022).

Au nord-est de Palawan, la grande île de 425 kilomètres de long qui sépare l’archipel des Philippines de la mer de Chine du Sud, la baie de Shark Fin (« Aileron de requin »), est délimitée par une colline en forme de dorsale de squale, un chapelet d’îles, et un piton karstique géant. Sur ses rives, des villages épars de 200 à 1 000 âmes sans eau ni électricité s’étalent au milieu de quelques champs cultivés, où l’on pratique ce que l’on peut de pêche ou d’agriculture vivrière et de rente (noix de coco, riz, concombres de mer, algues, pièges à poisson…) en puisant dans une nature généreuse mais éreintée. Les brûlis ont clairsemé les forêts, et dans la mer, la surpêche, souvent pratiquée à la dynamite, a ravagé les fonds et fait disparaître un grand nombre d’espèces.

Palawan, tout comme le reste de l’archipel philippin, mais aussi l’Indonésie et la Malaisie, se trouve dans le fameux Triangle de corail, c’est-à-dire la zone la plus dense en matière de biodiversité marine au monde avec 30 % de la totalité des récifs coralliens mondiaux – pour 1 % de la superficie. Environ 120 millions de personnes y dépendent de la mer pour leur survie. Or, les fléaux combinés de la pollution, de la pêche illégale et la dégradation des littoraux y ont déclenché une crise écologique majeure. La Coral Triangle Initiative, un partenariat de six pays du Triangle de corail formé en 2009, estime ainsi qu’entre 30 % des coraux entre 1 et 10 mètres de profondeur y ont été ravagés par les pratiques de pêche illégale.

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Quête de régénération viable

Pour contrer la surexploitation, la baie encore sauvage de Shark Fin est aujourd’hui le lieu d’une expérience participative originale, appelée « l’Académie de la mer », qui a vu trois villages riverains accepter de s’enrôler dans un programme porté à bout de bras par un Français, Frédéric Tardieu : doter chacun de ces villages d’une aire marine protégée, apprendre aux villageois à restaurer le corail pour que renaisse la vie récifale et leur donner en compensation des juvéniles de poissons issus d’un laboratoire pour leur propre élevage et consommation. Après un vote des villageois le 21 décembre 2021, une bouée a été placée aux quatre coins de chaque zone de 50 hectares en attente du processus juridique qui doit entériner ces aires protégées au niveau de la municipalité et de la province. Les chefs de village procéderont à leur inauguration officielle en septembre.

Ce projet est né de la rencontre en 2016 entre Frédéric Tardieu et un jeune biologiste marin français, Thomas Pavy, de passage à El Nido, un site touristique situé au nord de Palawan. Ils se lanceront ensemble dans la restauration expérimentale des fonds marins qui entourent Pangatalan, une île acquise en 2011 par Frédéric Tardieu, alors en piteux état. Le Marseillais, ex-amateur de pêche en apnée, va dès lors rassembler autour de lui et de sa fondation Sulubaaï, enregistrée aux Philippines et en France, une myriade de bonnes volontés – bureaux d’études, chercheurs – et de soutiens publics et privés pour l’accompagner dans sa quête d’une régénération marine viable et pérenne à l’échelle de la baie. Pangatalan a notamment accueilli le navire de la fondation Tara Océan en février 2018, dans le cadre de son expédition d’études des récifs coralliens dans le Pacifique. « L’idée, c’est de faire appel à la science pour accélérer la restauration de ce qui a été détruit par l’homme », explique Frédéric Tardieu.

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