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Les terres du Dakota du Nord, grenier à blé des Etats-Unis, suscitent la convoitise de Bill Gates


Champs de maïs et de soja près de Wimbledon, dans le Dakota du Nord, aux Etats-Unis, le 15 juin 2022.

Dawn Holzer n’est jamais allée en Ukraine, mais elle a un pincement au cœur quand elle en parle. « Mes arrière-grands-parents étaient fermiers allemands à Odessa, en Ukraine, où ils cultivaient le blé, raconte-t-elle. Ils ont immigré au début du XXe siècle et ont fait la même chose ici, aux Etats-Unis, dans le Dakota du Nord. C’est le même climat. » Avec l’invasion russe du 24 février, « épouvantable », cette femme de 54 ans est pleine de compassion. Et découvre que cette guerre menace la planète de famine.

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« Je n’avais pas compris que l’Ukraine produisait tant de blé », avoue-t-elle. Si l’Ukraine est le grenier à blé de l’Europe, le Dakota du Nord est celui des Etats-Unis, avec du blé de printemps qui se récolte fin juillet, pendant le très court été de ces contrées battues par le vent et le froid venu du Canada. Un eldorado désert (760 000 habitants pour 180 000 kilomètres carrés, un tiers de la France), mais fertile (8,7 millions de tonnes de blé, un quart de la production française), qui a attiré les migrants venus de l’Europe du Nord, à la fin du XXe siècle.

Si Dawn Holzer a quitté la ferme – elle est responsable comptable dans une entreprise de bâtiment –, ce n’est pas le cas de Roger Gorder, 66 ans, dont l’arrière-grand-père débarqua de Norvège, en 1880, et se fit allouer le lot habituel de 65 hectares de terres. Lui a repris le flambeau en 1978, avec 180 hectares, devenus 1 400 aujourd’hui, exploités à Grafton, dans la mythique vallée de la rivière Rouge. « On est le lieu le plus fertile du monde, à part un coin d’Amazonie », nous assure-t-il. Ses terres, trois tiers de blé, de betterave et d’autres cultures, exploitées à partir de sa ferme coquette, sont entourées par les arbres de ce plat pays.

Exploitations gigantesques

La guerre en Ukraine ? « Elle va affecter dramatiquement nos approvisionnements, notamment nos engrais qui viennent de Russie », affirme Roger Gorder. Le prix du pétrole ? Aussi, mais en bon républicain, qui affiche des slogans pro-Trump sur sa boîte aux lettres, l’agriculteur accuse Joe Biden d’être responsable de la flambée des prix, après avoir déclaré la guerre au pétrole lors de son arrivée au pouvoir, début 2021 : « Le plus grand effet vient de notre président. Il y a encore dix-huit mois, nous étions exportateurs. Aujourd’hui, on doit mendier devant l’Arabie saoudite, le Venezuela, l’Iran… » Et le cours des céréales ? Roger Gorder est prudent : l’agriculture vit dans le temps long des saisons.

Au printemps, la terre était détrempée et les agriculteurs ont eu peur de ne pas pouvoir semer. Résultat, Roger Gorder n’a pas vendu sa récolte sur les marchés à terme, alors que le cours du boisseau de blé montait à 13,60 dollars (13,40 euros). Depuis, les cours ont baissé de près de 5 dollars, et, finalement, la chaleur a permis aux semailles de pousser et la moisson, bien que tardive, devrait être bonne. « Le monde va connaître une crise, mais nous, on aura assez de récoltes », assure Roger Wagner, le directeur du silo à grains. Son ami Roger Gorder, lui, en a déjà tiré une conclusion : « Je ne vendrai pas ma récolte avant l’hiver prochain. »

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