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Il faut réduire ses voyages en avion pour lutter contre les changements climatiques



Les plus grandes stars, de Kim Kardashian à l’animatrice Oprah Winfrey en passant par le boxeur Floyd Mayweather et le rappeur Jay-Z, se sont fait montrer du doigt dans les derniers mois pour leur utilisation importante de leurs jets privés, une activité ultra-polluante qui pourrait pourtant être troquée, dans certains cas, par un trajet en voiture. Mais le voyageur occasionnel doit-il lui aussi cesser de prendre l’avion pour contribuer à la lutte aux changements climatiques? 

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Ce n’est pas sans raison que l’utilisation des jets privés est dénoncée: les célébrités ont émis en moyenne 3377 tonnes de CO2 chacune entre janvier et juillet 2022 rien que pour leurs vols privés, selon des calculs de l’agence de marketing durable Yard. Et l’année n’est pas finie.  

Le comble, c’est que la majorité de leurs vols sont courts: en moyenne, ils durent un peu moins de 72 minutes et parcourent une distance de près de 108 kilomètres, révèle une analyse des données publiées par le compte Twitter CelebrityJets. 

La championne des jets privés, Taylor Swift, a vu son bilan carbone s’alourdir de 8293 tonnes d’émissions de CO2 en 2022 juste pour ses vols. En comparaison, chaque Québécois émet en moyenne 9,9 tonnes de CO2 par année. Même si ces émissions ne sont pas attribuables uniquement à la chanteuse – ses représentants affirment qu’elle prête fréquemment son avion –, c’est énorme. 

Or, ce bilan réalisé par Yard ne représente que les données de 21 des célébrités examinées par CelebrityJets. On peut donc présumer que l’empreinte carbone de l’aviation privée est beaucoup plus importante que cela. 

Mais le problème ne s’arrête pas qu’aux célébrités et leurs jets privés. Un rapport de Global Environmental Change évalue que les voyageurs fréquents (frequent flyers) – pensons aux gens d’affaires, par exemple –, soit 1% de la population mondiale, sont responsables de la moitié de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’aviation commerciale. 


Illustration: Lucie Le Touze

Et moi, alors? 

Force est de constater que ce sont surtout les plus riches qui alourdissent le bilan carbone de l’aviation. La question se pose alors: devrions-nous, nous aussi, arrêter de prendre l’avion pour contribuer à la lutte aux changements climatiques? 

Anthony Côté-Leduc, qui travaille pour un organisme environnemental et qui a changé ses habitudes de voyage face à la crise climatique, ne croit pas en l’individualisation des gestes pour le climat. Mais en ce qui concerne l’avion, il juge que réduire son nombre de vols est nécessaire. 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) abonde dans le même sens. Comme le temps nous file entre les doigts pour agir afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, nous devons tous faire des sacrifices. 

Ainsi, même si l’aviation commerciale compte «juste» pour 2,4% des émissions mondiales totales de GES – une donnée que les globe-trotteurs utilisent pour justifier leurs vols fréquents –, son empreinte carbone continue d’augmenter d’année en année. L’Organisation de l’aviation civile internationale prévoit que ses émissions pourraient quadrupler d’ici 2050.  


Photo Fotolia

Le problème avec l’aviation, c’est qu’il s’agit d’un secteur difficile à décarboner parce qu’il utilise énormément d’hydrocarbures, souligne le GIEC. Et on sait que l’on doit rapidement se défaire de notre dépendance aux énergies fossiles si on veut pouvoir plafonner nos émissions de GES au plus tard en 2025, les diminuer de moitié d’ici 2030 et atteindre la carboneutralité en 2050.  

Sans oublier que l’avion pèse lourd dans le bilan carbone annuel d’une personne. Un vol aller-retour Montréal-Vancouver correspond à 1,45 tonne de GES par personne. Un seul voyage représente donc 15% des émissions annuelles moyennes d’un Québécois.  

Sachant que ce qui augmente le plus notre empreinte carbone c’est l’alimentation à base de viande et le transport, mieux vaut ne pas en rajouter à ce chapitre, estime Thomas Berryman, professeur et chercheur au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE) de l’UQAM. 

«Nos choix individuels ne pèsent pas beaucoup, mais quand on additionne tous ces choix individuels, ça donne beaucoup», précise-t-il. 

Des solutions existent 

Heureusement, il y a des choses que l’on peut faire pour réduire l’empreinte écologique de nos voyages. 

1- Voyager local 

Un trajet en voiture, en autobus ou en train, c’est beaucoup moins polluant qu’en avion. C’est donc une bonne alternative pour s’échapper de son quotidien, tout en visitant un coin de pays. 

La pandémie aura au moins eu ça de bon: contraints à l’intérieur de leurs frontières, les Québécois ont (re)découvert la province, soutient Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Maintenant, suffit que ça reste dans les habitudes de voyage. 

«On espère qu’il va y avoir un effet qui perdurera et qu’une certaine proportion des voyageurs québécois ait pris goût à voyager localement. On ne pourra jamais empêcher les gens de sortir du Québec pour voyager. L’objectif est plutôt de faire en sorte de garder une partie des personnes qui, historiquement, sortaient de la province pour qu’elles passent des vacances prolongées ici plutôt qu’une simple escapade», explique-t-il. 

La ville de Percé, en Gaspésie.

Photo courtoisie, Mathieu Dupuis

La ville de Percé, en Gaspésie.

2- Voyager plus longtemps, moins fréquemment 

Plutôt que de faire des séjours plus courts, mieux vaut rester plus longtemps au même endroit afin d’éviter la multiplication des vols. 

Par ailleurs, les vols directs sont à privilégier, conseille la Fondation David Suzuki. En choisissant un siège dans la classe économique, on améliore également l’efficacité du vol. 

3- Choisir l’option plus écolo grâce à des applis 

Votre écoanxiété guide votre prise de décision lors de la planification de voyage? Si vous faites partie de cette catégorie de voyageurs, il est possible que vous vous butiez à certains obstacles, note Marc-Antoine Vachon. 

Privilégiez les transports en commun, lorsque possible, et faites affaire avec les fournisseurs locaux, suggère-t-il. «Il faut être prêt à fournir un effort raisonnable afin de trouver les meilleures options. Heureusement, il y en a de plus en plus, et c’est fantastique.»  

Des applications vous rendent d’ailleurs la vie plus facile pour vous déplacer. 

Rome2Rio, par exemple, présente toutes les options pour aller d’un point A au point B que ce soit en avion, en métro, en train, en tramway, en autobus, en taxi et même en covoiturage. On y retrouve divers trajets pour tous les budgets, parfois mixtes (train et bus, par exemple, ou encore tramway et avion), et toutes les informations nécessaires. Rome2Rio est particulièrement utile quand on voyage dans des pays où l’information sur le transport n’est pas toujours évidente à trouver. Aller de Quito à Guayaquil en Équateur est soudainement super simple! 


AFP

En Europe, le train est l’un des modes de transports les plus pratiques pour se déplacer. C’est ce qui rend l’application Trainline hyper intéressante. On peut y établir un itinéraire entre deux destinations, voir le trajet le plus rapide ou encore le moins cher, en plus d’acheter les billets directement dans l’application. Trainline permet également de quantifier le CO2 qu’on évite d’émettre lorsqu’on choisit le train plutôt que la voiture. On découvre ainsi qu’un aller Bordeaux-Paris en train génère 97% moins de CO2 que si on y était allé en voiture. 

Sinon, des applications commencent à apparaître sur le marché pour vous permettre de faire des choix plus écolo et responsables. C’est le cas de FairTrip. Un peu comme un Expedia ou TripAdvisor, cette application présente des lieux qui ont un impact positif dans leur entourage. Que l’on cherche un restaurant, un hôtel, un magasin ou autre activités, FairTrip présente uniquement des endroits qui respectent au moins l’un des critères suivants : authentique, vert, local, solidaire ou équitable. On peut y découvrir le premier hôtel écologique, économique et militant du centre de Paris ou encore un restaurant à Vancouver qui fait affaire qu’avec des artisans locaux et qui ne sert que des produits de la mer certifiés Ocean Wise. 

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