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« Deux cultures du risque, naturel et technique, continuent de coexister »


L’activité industrielle est intrinsèquement dangereuse. Ses modes de conception, d’exploitation, de maintenance peuvent se dégrader et conduire à un accident d’envergure. Vulnérable par elle-même, l’activité industrielle l’est aussi par l’impact des aléas naturels, comme l’ont montré de nombreux événements : en 2011, un tremblement de terre et un tsunami ont mené à l’accident nucléaire de Fukushima ; en 2017, l’ouragan Harvey a provoqué au Texas des déversements d’hydrocarbures et des rejets de produits chimiques…

En France, l’inventaire des incidents et accidents technologiques du Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) a recensé, en 2021, 80 événements résultant de facteurs naturels (vent, chaleur intense, pluie, foudre, inondation). Ces effets secondaires technologiques des risques naturels sont appelés par les professionnels « accidents NaTech », contraction entre « naturel » et « technologique ».

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Ce concept est proposé en 1994 par deux chercheuses nord-américaines, Pamela Sands Showalter et Mary Fran Myers (« Natural Disasters in the United States as Release Agents of Oil, Chemicals, or Radiological Materials Between 1980‐1989 : Analysis and Recommendations », Risk Analysis, n°14 (2), 1994). L’article passe quasiment inaperçu à sa publication, mais pourrait passer à la postérité, le changement climatique accélérant la survenance en série de catastrophes industrielles causées par un ou plusieurs aléas naturels.

Prise de conscience significative

A l’époque, les deux autrices démontraient que le scientifique et le politique traitent les catastrophes naturelles et technologiques comme des entités distinctes, et que, malgré l’augmentation évidente des accidents industriels causés par un aléa naturel, la conscience de la survenance de dommages particulièrement aggravés est inexistante. Elles expliquent cette carence par l’absence d’une réglementation qui reconnaisse la capacité d’un aléa naturel à provoquer un rejet de substances dangereuses, absence qui n’encourage pas à la préparation à de tels événements.

Une dizaine d’années plus tard, en France, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques s’empare du concept et, dans le cadre d’une recherche européenne collaborative, définit une doctrine reposant sur trois piliers : une approche pluridisciplinaire, puisque les connaissances des uns ne sont pas celles des autres, et qu’il convient de les combiner ; un changement d’échelle, car les territoires concernés sont extraordinairement vastes du fait qu’un élément chimique ou radioactif se répand rapidement et largement ; une nécessaire évolution de la réglementation pour espérer faire du risque « NaTech » un risque industriel comme un autre. La directive Seveso III, entrée en vigueur en 2015, précise, sans utiliser le terme « NaTech », que l’identification et l’analyse des risques d’accident dans le cadre du rapport de sécurité (ou « étude de dangers ») d’un établissement de type Seveso doivent notamment prendre en compte les causes naturelles (séismes, inondations…).

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une planète humide bien avant la Terre

c’est le moment pour l’observer !